Thursday, May 28. 2009119ème dîner de wine-dinners au restaurant Ledoyen
Le 119ème dîner de wine-dinners se tient au restaurant Ledoyen. J’avais annoncé dans la liste des vins une bouteille de La Tâche 1969 basse. De ce fait j’avais ajouté un vin aux dix habituels prévus pour dix convives. En préparant les vins il y a une semaine pour les livrer au restaurant, la couleur du Bienvenue Bâtard Montrachet 1960 m’est apparue peu sympathique, aussi ai-je ajouté un Chablis. Au moment de l’ouverture, les bouchons brisés ou émiettés sont particulièrement nombreux. Une anecdote mérite d’être signalée. La seule bouteille qui a été reconditionnée est celle du Guiraud 1893, exactement comme celle du même vin ouvert à Pékin. Mais l’opération de toilettage pour le vin de ce soir a dû être faite plusieurs années auparavant, car il m’est impossible de lire le millésime du rebouchage, une légère pellicule collée au bouchon masquant le marquage. Le flacon est d’origine, et après avoir bataillé pour lever le bouchon, celui-ci se brise et je constate que la partie de bouchon sortie est boursouflée. Ceci est dû au fait que le verre a une surépaisseur en haut de la bouteille, mais au lieu qu’elle soit à l’extérieur, elle est à l’intérieur. Elle bloque donc la remontée de la partie restante du bouchon qui tombe dans le liquide. L’obstacle sera logiquement aussi insurmontable à la remontée des morceaux. J’appelle à l’aide les deux sommeliers mais ils sont occupés ailleurs. Je bataille et par un coup de curette ressemblant à une sortie de bunker par Tiger Woods, je réussis à extirper l’ensemble du bouchon de ce piège inattendu. L’odeur du Bienvenue Bâtard Montrachet indique une mort quasi certaine et celle de La Tâche commence par être encourageante pour Frédéric et Vincent, les deux sympathiques sommeliers, et pour moi. Mais une demi-heure plus tard, le vin n’a pas pris la tendance attendue d’une guérison heureuse. Sentant l’ensemble des vins, j’estime prudent d’ouvrir un vin de plus et je prélève de la cave du restaurant un Corton rouge de Bonneau du Martray. Les vins que je prévois pour les dîners de wine-dinners sont comme mes enfants. Même si je remplace ou complète pour tenir compte des faiblesses des vins, je suis triste quand un vin ne se présente pas au mieux. Pour La Tâche, je savais qu’un niveau bas est à risque, mais il y a eu tellement de belles surprises que j’ai un espoir. L’odeur la plus belle est celle du Château de Malle 1961, suivie par celle du Chablis Louis Latour 1979. Celle du Cheval Blanc 1962 me plait beaucoup. Les convives arrivent ‘presque’ tous à l’heure. Il y a trois journalistes dont deux pionniers de grands magazines français, il y a trois chefs d’entreprises qui militent chacun à des degrés divers dans des organisations patronales, et au sein de notre groupe de dix, il y a trois des quatre plus fidèles de mes dîners, chacun ayant eu la palme de la fidélité à l’une ou l’autre période des neuf années de dîners. Le menu conçu par Christian Le Squer est ainsi présenté : Caviar de Sologne givré à l'eau de mer / Daurade Royale à cru, fine gelée de cotriade / Morilles en croûte de pain virtuelle / Rouget snacké aux mousserons / Pigeonneau: cru et cuit à la graine de sésame / Foie de veau en persillade et oignons frits / Stilton / Variation autour de la Mangue. Les petits amuse-bouche sont une introduction au monde culinaire de Christian Le Squer. Sur une évocation d’anguille dans un macaron, le Champagne Dom Pérignon 1976 est très à l’aise. De couleur claire malgré ses 33 ans, ce champagne à la bulle très fine est d’un grand raffinement. Il est prévu sur la première entrée, et l’émulsion qui entoure le caviar est très originale. Mais c’est le caviar seul, très dense et profond, qui est destiné à mettre le Dom Pérignon en valeur, dans un accouplement qui ne souffre pas des tares de la consanguinité. Un ami présent dit : « si les choses commencent aussi fort, la suite du repas aura-t-elle la capacité de tenir ce niveau ? ». Un démenti est immédiatement apporté à son interrogation par un accord qui représente pour moi un sommet absolu. La sensation est physique. C’est la même que celle d’être arrivé à gravir une montagne de plus de 8000 mètres : tout-à-coup, la fatigue n’existe plus. C’est celle d’avoir gagné la balle de match : on trottine en décontraction totale vers le filet pour serrer la main du vaincu. Il y a de cela entre le Champagne Krug 1982 et la daurade. Le champagne est d’une classe infinie. C’est un aboutissement de la complexité idéale du champagne. Et la daurade a un je ne sais quoi qui, comme Madame Arthur, fera parler d’elle longtemps. Elle sait capter le génie du vin. Sur ma chaise, j’ai les remuements et les signes que quelque chose de grand se passe. On touche quasiment au divin. Les morilles sont merveilleusement délicieuses. Vont-elles ressusciter le Bienvenue Bâtard Montrachet Tasteviné Bouchard Père & Fils 1960 ? On pourrait le croire, car le vin donne le change pendant trois secondes en bouche. L’attaque ne révèle aucun vice. Mais c’est le final qui est mortel. Le vin est mort, définitivement mort, même s’il peut être bu sans aucune grimace. Il sert à mettre en valeur le Chablis Premier Cru Louis Latour 1979 qui est délicieux. Il est impossible de lui donner un âge et c’est presque incompréhensible qu’il puisse avoir trente ans, tant sa couleur est d’un jaune citronné et son goût d’une fraîcheur juvénile. L’accord entre la morille et le chablis est plus que pertinent. J’ai un amour certain pour le Château Cheval Blanc 1962 que j’ai bu plusieurs fois. Celui-ci est bon, comme l’annonçait son parfum à l’ouverture, mais je le ressens sous un voile de poussière. Comme j’ai l’habitude de boire les dernières gouttes de la lie, la noblesse du vin m’est réapparue sur le concentré final d’un vin d’une grande finesse. Et c’est réellement réconfortant de savoir qu’il est au rendez-vous, même fugacement. En fait peu d’entre nous s’intéressent à ce vin, car la vedette dévorante, qui accapare tous les esprits, c’est le Château Haut-Brion 1923 que je n’aurais pas attendu à un niveau aussi exceptionnel. Je dis à un ami : « rien que ce vin justifie à lui tout seul le voyage que nous faisons dans le monde des vins anciens ». Car ce vin a tout pour lui. Il est généreux, velouté, chamarré des reps les plus lourds et décoré de cistes de Cybèle. C’est un plaisir rare que goûte particulièrement l’un des journalistes, membre du Club des Cents, et adorateur de ce Château. Le rouget présenté plus cuisiné que dans sa pureté réagit moins aux deux bordeaux, même si l’accord se trouve. On me sert en premier La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1969 et j’interromps les discussions animées pour déclarer que contrairement à mes avertissements, ce vin n’est pas malade. J’en profite quelques instants, mais je remarque que l’on gronde autour de moi au fur et à mesure que le vin est servi. Certains amis se plaignent de son odeur. Or dans mon verre servi des premières gouttes, je ne sens toujours rien. On me demande comment n’ai-je rien remarqué et par un phénomène étrange, ce vin qui n’avait aucun signe de bouchon et aucun goût de bouchon va développer tardivement dans mon verre une forte odeur de bouchon, non perceptible en bouche. Pourquoi l’apparition de cette odeur a-t-elle été cachée pendant plusieurs minutes, c’est une énigme pour moi. Le vin, même s’il suggère ce que pourrait être la signature du Domaine de la Romanée Conti ne présente aucun réel intérêt. Là aussi, par un effet de compensation, le Clos Vougeot Paul Dargent 1928 va n’en paraître que plus beau. On a en ce vin tout le charme et l’opulence de l’année 1928. Ce qui est appréciable, c’est la pureté du message. On ne se trouve pas en présence d’un bourgogne parmi les plus complexes. Mais il y a une générosité, une clarté de voix qui n’appartient qu’à des vins de race ou à des vins d’une immense année. La couleur encore sur le rubis, comme celle aussi jeune du Haut-Brion 1923, est un petit bonheur. Ce qui me frappe, c’est l’équilibre de ce beau vin, moins racé que le Haut-Brion mais très chaleureux. Le pigeon en trouble plus d’un, car il est assez peu fréquent qu’une des aiguillettes soit servie crue. Si l’on accepte le voyage en terre inconnue, c’est d’un beau dépaysement. J’ai stoppé Vincent qui voulait servir en même temps le Corton Bonneau du Martray rouge 1999 et j’ai bien fait. Nous le buvons en ‘entre-deux’, comme un trou normand. Il nous fait prendre conscience de l’éloignement considérable des deux mondes, celui des vins anciens et celui des vins récents. Car cet excellent Corton dont on jouirait autrement avec bonheur fait ici simplifié, ébauche, silex non taillé. Il n’eût pas été nécessaire d’ouvrir un vin de plus. Mais j’avais été anxieux lorsque j’ai ouvert des vins incertains. Le Fleurie Remoissenet Père & Fils 1967 est une belle curiosité. Son parfum d’ouverture était sympathique. Comme pour le Cheval Blanc 1962 je ressens un voile de poussière. Le vin n’est pas grandiose mais il méritait d’être essayé. On s’intéresse surtout au Chateauneuf-du-Pape Réserve des Chartres 1947 dont je tombe amoureux. Les vins du Rhône, quand ils atteignent ces âges, prennent une sérénité, une simplicité de ton qui m’évoque la calligraphie chinoise ou la justesse des traits des dessins de Picasso. On dirait que le Rhône joue à l’économie de moyens pour ne délivrer que l’essentiel, mais quel essentiel ! Sur un Stilton parfait, le Château de Malle Sauternes 1961 se montre éblouissant. Il joue, sur cette année, dans la cour des grands, embouchant une trompette alto en mi-bémol. Chaud, caressant, puissant, il n’a pas une extrême profondeur, mais il se rattrape par sa joie de vivre, que lui communique abondamment le fromage. Le Château Guiraud Sauternes 1893 est un seigneur. Vivant, noble, serein, subtil, il est précieux et délicat. On ne peut que l’aimer, la mangue lui convenant parfaitement, sa couleur évoquant les mangues bien mures. Il était déjà fort tard quand il a fallu cesser les échanges animés pour se concentrer sur les votes. L’un des journalistes ayant dû s’éclipser, c’est son voisin de table qui vota pour lui en se fiant aux commentaires qu’il lui avait faits en cours de repas. Quatre vins n’ont pas eu de vote, le Cheval Blanc, le Bienvenue Bâtard, La Tâche et le Fleurie. C’est très logique si l’on considère les performances qu’ils ont eues ce soir, mais cela veut dire aussi que neuf vins ont figuré dans les votes, ce qui me console. Cinq vins ont été nommés premiers, ce qui est bien quand on sait que le Haut-Brion 1923 est élu au premier tour, avec cinq votes de premier, remarquable performance. Le Guiraud obtient deux votes de premier et les trois autres vins qui ont eu un vote de premier sont le Krug, le Chateauneuf-du-Pape et le Malle. Le vote du consensus serait : 1 - Château Haut-Brion 1923, 2 - Château Guiraud Sauternes 1893, 3 - Chateauneuf-du-Pape Réserve des Chartres 1947, 4 - Champagne Krug 1982. Mon vote est : 1 - Champagne Krug 1982, 2 - Chateauneuf-du-Pape Réserve des Chartres 1947, 3 - Château Haut-Brion 1923, 4 - Clos Vougeot Paul Dargent 1928. La place de premier accordée par le consensus est plus logique que celle que j’ai donnée, mais c’est l’accord sublime qui a influencé mon choix. La cuisine de Christian Le Squer a été particulièrement inspirée. Les accords se sont bien développés. Le service a été une nouvelle fois exemplaire. Personne ne voulait quitter la table, chacun prolongeant le confort moelleux d’avoir vécu une belle aventure. Les moments intenses furent nombreux au cours de ce grand dîner. Apparemment comme me l’a fait remarquer Patrick Simiand, je porte chance au restaurant puisque chaque fois que j’y fais un dîner, tous les salons sont occupés, la cuisine ayant servi ce soir plus de trois cents repas. Alors, revenons vite … 119ème dîner le 28 mai 2009 - les vins
Champagne Dom Pérignon 1976 Champagne Krug 1982 Bienvenue Bâtard Montrachet Tasteviné Bouchard Père & Fils 1962 Château Cheval Blanc 1962 Château Haut-Brion 1923 La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1969 (basse) Clos Vougeot Paul Dargent 1928 Fleurie Remoissenet Père & Fils 1967 Chateauneuf-du-Pape Réserve des Chartes 1947 Château de Malle Sauternes 1961 Château Guiraud Sauternes 1893 (reconditionné au château en 2000) Chablis 1er cru Louis Latour 1979 (en réserve) Académie des vins anciens – les vins partagés entre les académiciens lors des dix premières séances de l’académie
Académie des vins anciens – les vins partagés entre les académiciens lors des dix premières séances de l’académie (Classement croissant par millésime ou par année supposée) Cognac de Tiffont, cuvée du centenaire vers 1880 - Cognac très ancien vers 1880 - Château Sigalas-Rabaud 1896 - Cave Jean Bourdy, Blanc vieux d'Arlay 1907 - Bonnes-Mares, Charles Bernard (6/7 cms) 1915 - Riesling Hugel Sélection de Grains Nobles 1915 - Champagne Mumm Cordon Vert années 20 – # 1920 - Franc Clos des Jacobins 1921 - Château Rauzan Segla 1921 - Chateau Pajot, enclave du Chateau d'Yquem, Haut-Sauternes 1923 - Pommard négoce illisible 1923 - Vouvray le Haut Lieu moelleux Domaine Huet 1924 - Chateau de RICAUD Sauternes 1924 - Château Rausan Ségla 1924 - Domaine de Chevalier 1924 - Maury La Coume du Roy de Volontat 1925 - Maury La Coume du Roy de Volontat 1925 - Château d'Arsac Margaux 1925 - château Figeac 1925 - Château Haut-Brion 1925 - Château les grands Rosiers Pauillac 1926 - Alvar Pedro Jimenez dulce 1927 - Pedro Ximenez 1927 - Château La Tour Blanche, sauternes 1928 - Vosne-Romanée « Clos des Réas », Pedrizet & Cie 1928 - Château Carbonnieux 1928 - Château Chalon Jean Bourdy 1928 - Château Gruaud-Larose Faure Bethmann 1928 - Lacrimae Santa Odiliae Pierre Weissenburger à Obernai 1928 - Maury 1928 - Meursault maison Bichot 1928 - Rioja Federico Paternina Reserva 1928 - Tokay Hugel 1928 - Bouchard Ainé Fils, Grand Manoir, Côtes de Nuits 1929 - Chablis Maison Bichot 1929 - Château Pape Clément 1929 - Château Puyblanquet Saint-Emilion 1929 - Jurançon, mise Nicolas niveau TLB 1929 - Château Filhot 1929 - Château Petit Gravet 1929 - Corton Clos du Roy L.A. Montoy 1929 - Musigny "Grand Vin de Bourgogne" 1929 - Pommard Prop ou Nég inconnu 1929 – Probable Chassagne blanc vers année 30, capsule porte : JJ & B – 1930 - Cru Laneré Sauternes 1931 - Rivesaltes ambré Cuvée Prémice 1932 - Rivesaltes ambré Cuvée Prémice 1932 - Bourgogne Clos du Roi 1933 - Bouzy Delamotte 1933 - Montrachet Bichot 1933 - Meursault Charmes Maison Bichot 1933 - Chateau de Bensse Médoc 1933 - Cos d'Estournel 1933 - Gevrey Chambertin Marius Meulien 1933 - Bourgogne grand vin des caves du chapitre, Jaffelin, probable 1934 - Château Calon ségur année illisible 1934 - Pomerol, mise de Luze, étiquette et année non lisible 1934 - Gewurztraminer Vendanges Tardives SGN Hugel 1934 - Château Doisy Daëne 1934 - Château Malescot Saint-Exupéry 1934 - Château Montrose 1934 - Château Phelan Segur, mise negoce, vers 1934 - Château Talbot 1934 - Pommard, Hospices de Beaune, Cuvées Dames de la Charité Ets Leroy & Co 1934 - Frontaillac rouge H. Cuvelier et fils 1935 - Montrachet maison Bichot 1935 - Château d'Yquem 1937 - Barsac (?) nom inconnu 1937 - Château Beau-Site Monprimblanc 1937 - Domaine du Pin Premières Côtes de Bordeaux 1937 - Domaine du Pin 1ères Côtes de Bordeaux 1937 - Domaine du Pin, Beguey, 1ères Côtes de Bordeaux 1937 – Château Camperos Haut-Barsac 1941 - Richebourg Charles Noëllat 1942 - Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1942 - Cos d'Estournel 1942 - vin de champagne Saran Moët & Chandon 1943 - Chateau Léoville-Poyferré Saint-Julien 1943 - Clos Vougeot Noirot-Carrière 1943 - Fleurie Beaujolais 1943 - Montrachet domaine Bichot 1943 - Caves Jean Bourdy, Côtes du Jura rouge 1945 - Coteaux du Layon Chaume, Château de la Guimonnière 1945 - Volnay Champy P&F basse 1945 - Château La Pointe Pomerol 1945 - Château Larcis Ducasse 1945 - Château Léoville Las Cases 1945 - Château Rabaud 1945 - Château Suduiraut 1945 - Vosne Romanée Les Suchots Louis B?? 1945 - Vosne Romanée Réserve Reine Pédauque 1945 - Charmes-Chambertin J. Mommessin 1946 - Chambolle Musigny 1947 - Chambolle Musigny Maison Remoissenet et Fils 1947 - Château Rabaud Sauternes 1947 - château Suduiraut 1947 - Vray Canon Boyer Vacher 1947 - Chateauneuf du Pape Sélection de la réserve des Chartes 1947 - Gevrey Chambertin J. Faiveley probable 1947 - hâteau Coutet 1947 - Monthélie 1947 - Moulin à Vent Bichot 1947 - Puligny Montrachet Caves Nicolas 1947 - Santenay Remoissenet Père & Fils 1947 - Beaune Champimonts 1er Cru Joseph Drouhin 1948 - Vega Sicilia Unico 1948 - Beaune-Cent-Vignes Jessiaume Père & fils 1949 - Puligny-Montrachet Ph. Meunier 1949 - Chassagne-Montrachet Henri Pillot 1949 - Chateau La Gaffelière 1949 - Corton Charlemagne Louis Jadot 1949 - Corton Clos du Roi Prince de Mérode Joseph Drouhin 1949 - Montagny Barozzi 1949 - Volnay Clos des chênes 1949 - Corton Charlemagne Ropiteau Frères vers 1949 ou plus vieux # 1949 – Apéritif Dubonnet environ 50 ans d'âge # 1950 - Apéritif Dubonnet environ 50 ans d'âge # 1950 - Banyuls hors d'âge, Dom du Mas Blanc, Parcé, sostera vers 1950 - Bourgogne Aligoté Barozzi 1950 - Chablis 1er cru Montée de Tonnerre Jean Quenard 1950 - Graves blanc LE CARDINAL 195? – 1950 - Château d'Yquem 1950 - vin nature de champagne Saran de Moët & Chandon 1950 - vin nature de champagne Saran de Moët & Chandon 1950 - vin nature de champagne Saran, blanc de blancs Moët 1950 - vin nature de champagne Saran, blanc de blancs Moët 1950 - Domaine de Chevalier rouge 1952 - Château Beychevelle 1952 - Domaine de Chevalier 1952 - Domaine de Chevalier rouge 1952 - LOUPIAC château Dauphiné-Rondillon 1952 - Mercurey Caves de la Reine Pédauque 1952 - Meursault ? 1953 - Arbois jaune Louis Carlier 1953 - Beaune Leroy (année illisible) 1953 - Champagne Alfred Gratien , crémant , niveau LB 1953 - Château La Pointe Pomerol 1953 - Pommard Epenots Marie André 1953 - Château Chalon Jean Bourdy 1953 - Château Filhot 1969 - Château la Dame Blanche 1953 - Château La Cabanne Pomerol 1953 - Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1953 - PULIGNY-MONTRACHET Gauthier frères 1953 - Riesling Hugel 1953 - Sauternes-Barsac Doisy-Daëne 1953 - Vega Sicilia Unico 1953 - Château Gilette demi-doux 1954 - Beaune Bressandes Drouhin 1955 - Bonnes-Mares Chanson Père & Fils 1955 - Château Roumieu 1955 - Vin Fou d’Henri Maire 1955 - Hermitage blanc Chante-Alouette Chapoutier 1955 - Château Moulinet 1955 - Hermitage La Sizeranne Chapoutier années 50 – 1955 - Château Latour 1955 - Château Le Bon Pasteur 1955 - Château Talbot 1955 - Corton Charlemagne Bouchard Père & Fils 1955 - Cos d'Estournel 1955 - La Mission Haut-Brion 1955 - Larrivet Haut-Brion rouge 1955 - Rivesaltes ambré 1955 - Rivesaltes ambré 1955 - Torres Coronas Gran Reserva 1955 - POUILLY-VINZELLES 1956 de Cabet-Frères 1956 - VOLNAY 1957 de De Moucheron 1957 - Volnay 1er Cru Bouchard Père & Fils 1957 - Domaine de Darrouban, Grande réserve, G Subervie et fils, Graves sec 1957 - Chateauneuf Du Pape Mont Redon année illisible 1957 - Langoiran, Truilhé, moelleux 1957 - Château Pape Clément 1970 - Chateau Beychevelle 1957 - Chateauneuf-du-Pape Domaine de Montredon 1957 - Hospice de Beaune Cuvee des Dames Hospitalieres Poulet 1957 - Malvoisie Bodegas El Griffo, Lanzarotte # 1957 - Puligny Montrachet maison Pierre Ponnelle 1957 - Carruades de Château Lafite-Rothschild 1958 - Chinon Couly 1958 - G de Château Gilette 1958 - Château Gilette bordeaux supérieur , blanc sec 1958 - Anjou Rosé Moelleux domaine de Bablut 1959 - Santenay Clos de Tavanne, de Fauconnet Négociant 1959 - Bâtard Montrachet Chanson 1959 - Chambertin Pierre Bourée Fils 1959 - Champagne Salon 1959 - Château Canon 1959 - Château des Jaubertes Grand vin du Marquis de Pontac Graves supérieures # 1959 - Château Palmer 1959 - Santenay Clos de Tavannes Fauconnet 1959 - Château Talbot 1959 - Chateauneuf du Pape Hugues 1959 - Vega Sicilia Unico 1959 - Chassagne-Montrachet rouge Joseph Drouhin 1959 - Château Chalon Marius Perron 1959 - Château Gazin 1971 - Branaire Ducru 1959 - Château Pontet St Emilion 1959 - Corton Charlemagne Nicolas 1959 - Moulin à vent Patriarche Père & Fils 1959 - Hermitage Paul Etienne 1959 - Maury vignerons de Maury 1959 - Mouton Baron Philippe d'Armaillac 1959 - Nuits Saint Georges Bouchard Ainé et Fils 1959 - Pommard Thorin 1959 - Puligny-Montrachet Les Pucelles Boisseaux-Estivant négociant 1959 - Santenay Clos de Tavanne 1959 - Vouvray Clovis Lefèvre 1959 - Rioja Siglo Felix Azpilicueta Martinez 1959 – Rioja El Siglo 1959 - Rioja 1960 - Martinez Lacuesta Reserva Especial de 1960 - Château d'Yquem 1961 - Marques de Riscal Reserva 1961 - Vougeot Tasteviné J. Thorin basse 1961 - Château La Grace Dieu Les Menuts 1961 - Château Chasse Spleen 1961 - Château Bellevue Montagne Saint-Emilion 1961 - Château Bernisse Castelnau Sauternes 1961 - Château Chasse Spleen 1961 - Château Palmer 1961 - Château Petit Faurie de Soutard 1961 - Château Saint Georges, St Georges St Emilion 1961 - Clos de l'Oratoire 1961 - Côteaux du Layon Cousin-Leduc 1961 - Meursault blanc Jaboulet-Vercherre 1961 - "Y" d'Yquem 1962 - Bourgogne aligoté Côtes de Nuits 1962 - Clos Triguedina Cahors 1962 - Château Sigalas Rabaud 1962 - Chassagne-Montrachet Namont de Marcy 1962 - Château Carbonnieux blanc 1962 - Château Fieuzal 1962 - Château Fombrauge 1962 - Château La Cabanne Pomerol 1962 - Château Lynch-Bages 1962 - Clos Saint Jean Bouchard aîné & fils 1962 - Pommard Grands Epenots Michel Gaunoux 1962 - Sylvaner Trimbach 1962 - Chambolle Musigny les Amoureuses Dom Ropiteau 1964 - Champagne Fred. Leroux à Chigny brut 1964 - Château Bouscaut blanc 1964 - Château Lafite Rothschild 1964 - Magnum de Moët & Chandon Brut Impérial 1964 - Magnum de Moët & Chandon Brut Impérial 1964 - Vega Sicilia Unico basse 1964 - Château Brane Cantenac 1964 - Château Fontaine Montaiguillon Saint Georges Saint Emilion 1964 - Clos de Tart 1964 - Gewurztraminer vendanges tardives sec Hugel 1964 - Château Bellefont Belcier Saint Emilion 1964 - Château Lynch Bages 1964 - Château Phélan Segur 1964 - Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1964 - Château Pontet Canet 1964 - Côtes du Jura blanc Marcel Blanchard 1964 - Domaine Haut De Callens Beautiran Graves Supérieures 1/2 Sec 1964 - Gevrey-Chambertin Poulet Père & Fils 1964 - Marquis de Saint-Estèphe, appellation Saint-Estèphe contrôlée 1964 - Rioja Reserva Especial Martinez Lacuesta 1964 - Vouvray moelleux Le Haut Lieu Huet 1964 - Château Carbonnieux blanc 1965 - Château Lafite-Rothschild 1965 - Anjou rosé moelleux domaine de Bablut 1966 - Bonnes Mares Négoce 1966 - Bonnes Mares Lionel Bluck 1966 - Champagne Edouard Besserat 1966 - Château Coustolle, Côtes de Canon-Fronsac 1966 - Vega Sicilia Unico basse 1966 - Meursault Calvet 1966 - Château Pavie Decesses 1966 - Château Bel Air Saint-Emilion 1966 - Château Cos d'Estournel 1966 - Château Taillefer Puisseguin Saint-Emilion 1966 - Vega Sicilia Unico 1966 - Chassagne Montrachet de Thorin 1966 - Tokay de Riquewihr Dopff et Irion 1966 - Vin Jaune d'Arbois domaine de la Pinte 1966 - Auxey-Duresses Bégin-Colnet 1967 - Château Larcis-Ducasse 1967 - Château Rolland Taillefer Pomerol 1967 - Vega Sicilia Unico basse 1967 - Château Coutet 1967 - Château Giscours 1967 - Château La Louvière rouge 1967 - Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1967 - Champagne Mumm 1969 - Château Haut Brion 1969 - Corton Clos de la Vigne au Saint Louis Latour 1969 - Château Suduiraut 1969 - Château Chalon Jean Bourdy 1969 - Hautes Côtes de Nuits J. et M. Gauthet 1969 - Montrachet du Domaine de la Romanée Conti 1969 - Muscadet 1969 - Nuits Saint-Georges Les Cailles Remoissenet P&F 1969 – Château Ducru-Beaucaillou 1970 - La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1970 - Château Haut-Brion 1970 - Château Pouget Margaux 1970 - Rioja Reserva Especial Martinez Lacuesta 1/2 bt 1970 - Rioja Reserva Especial Martinez Lacuesta 1/2 bt 1970 - Rioja Reserva Especial Martinez Lacuesta bt 1970 - Rioja Siglo Felix Azpilicueta Martinez 1970 - Château Haut Brion 1971 - Tokay Pinot Gris Vendanges Tardives, Hugel, réserve personnelle de Jean Hugel 1971 - Château Le Prieuré Saint-émilion 1971 - La Passion Haut-Brion 1971 - Moscato Passito di Pantelleria 1971 - Château Lafon-Rochet 1972 - Champagne Gonet 1973 - Champagne Moët & Chandon en magnum 1973 - Gevrey-Chambertin "Clos Prieur" Domaine Harmand-Geoffroy 1973 - Château Cos d'Estournel 1973 - Echézeaux Jaboulet Vercherre 1973 - Vieux Château Certan 1973 - Richebourg Charles Noëllat 1974 - Clos Joliette Jurançon sec 1974 - Vega Sicilia Unico 1941 - Bouzy Barancourt 1974 - Clos Joliette Jurançon 1974 - Champagne Brut Prince De Bourbon Parme Abel Lepitre Reims 1975 - Château Montrose 1975 - Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1975 - Château Rayne Vigneau 1975 - Magnum de Château Gruaud Larose 1975 - champagne Dom Pérignon Oenothèque 1976 - magnum de champagne Diebolt-Vallois 1976 - Sancerre Gitton Blanc Les Romains 1976 - Sancerre Gitton Blanc Les Romains 1976 - Château L'Enclos Pomerol 1976 - Côte Rôtie de Vallouit 1976 - Gewürztraminer Vendanges Tardives Domaine Weinbach Collette Faller 1976 - Grands-Echézeaux Domaine Gros Frère et Sœur 1976 - Pinot gris Sélection de Grains Nobles Hugel 1976 - Riesling Sélection de Grains Nobles Hugel 1976 - Gewürztraminer Sélection de Grains Nobles Hugel 1976 - Chambolle Musigny Amoureuses domaine Clair-Daü 1977 - Riesling Clos des Capucines Domaine Weinbach 1977 - Chateauneuf du Pape 1977 - Corton Rouge Les Languettes Domaine Bichot 1977 - Gattinara Riserva NERVI 1977 - Champagne Deutz 1978 - Volnay Taillepieds Domaine de Montille 1978 - magnum de champagne Dom Pérignon Rosé 1978 - magnum de Dom Pérignon Rosé 1978 - Pommard Château de Pommard 1978 - Chateau Haut-Bergeron Sauternes 1978 - Château Talbot 1978 - Y d'Yquem 1978 - Champagne Mumm cuvée René Lalou magnum 1979 - Champagne Mumm cuvée René Lalou magnum 1979 - Champagne Mumm cuvée René Lalou magnum 1979 - Château La Tour Léognan 1979 - Château Gilette "Crème de tête" 1979 - Pol Roger rosé 1979 - Pol Roger rosé 1979 - Richebourg Domaine de la Romanée Conti 1979 - Vin Jaune ROLET 1979 – Champagne Exclusive Vintage 1980 - Champagne Grand Blanc Philipponat 1980 - Champagne Krug Grande Cuvée années 80 - # 1980 - Champagne Krug Grande Cuvée années 80 - # 1980 - Champagne Pommery Brut Royal années 1980 - Champagne Pommery Brut Royal années 1980 - Martinez Lacuesta – Rioja – Blanc 1980 - Riesling Vendanges Tardives Hugel 1981 - Champagne Napoléon 1982 - Champagne Napoléon 1982 - Champagne Napoléon 1982 - Sancerre Gitton Blanc Galinot 1982 - Sancerre Gitton Blanc Galinot 1982 - Château Carbonnieux rouge 1982 - Château Clerc Milon 1982 - Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande 1982 - Pouilly Fumé Baron de L Ladoucette magnum 1982 - Pouilly Fumé Baron de L Ladoucette magnum 1982 - champagne Salon 1983 - Clos de la Coulée de Serrant N.Joly 1983 - MONTLOUIS Demi-sec de Fradin-Georges 1983 - Riesling Kaefferkopf 1983 Jean-Baptiste ADAM 1983 - Clos de la Coulée de Serrant Nicolas Joly 1983 - Château Lynch Bages 1983 - Clos de la Coulée de Serrant Nicolas Joly 1983 - Coulée de Serrant Nicolas Joly 1983 - Bourgueil Domaine des Ouches Paul Gambier 1984 - Château Nénin 1984 - Champagne Bonnaire blanc de blancs 1985 - Champagne Bonnaire blanc de blancs 1985 - Champagne Delamotte 1985 - Champagne Delamotte en magnum 1985 - Champagne Delamotte en magnum 1985 - Champagne Léon Camuzet # 1985 - Champagne Léon Camuzet # 1985 - Champagne Léon Camuzet # 1985 - Champagne Léon Camuzet # 1985 - Champagne Léon Camuzet # 1985 - Champagne Léon Camuzet # 1985 - Champagne Léon Camuzet # 1985 - Champagne Mumm, René Lalou 1985 - Château Pape Clément 1985 - Chateauneuf du Pape Domaine de Nalys 1985 - Côtes du Jura blanc Savagnin Perron 1985 - Krug Grande Cuvée vers 1985 - Riesling Clos Sainte Hune Trimbach 1986 - Château Grand Mayne 1987 - Bâtard Chevalier blanc Pessac Léognan 1988 - Criots Bâtard Montrachet Jaboulet Vercherre 1988 - Montrachet Bouchard 1988 - BOURGUEIL Sélection Vieilles Vignes du Domaine des Ouches 1989 - Montlouis "Les Bâtisses" Domaine Deletang "Grande Réserve Tris" Moelleux 1989 - Côte-Rôtie Chapoutier 1989 - Montlouis "Les Bâtisses" Domaine Deletang "Grande Réserve Tris" Moelleux 1989 - Château Climens 1989 – champagne Delamotte 1990 - champagne Delamotte 1990 - Champagne Delamotte blanc de blancs 1990 - Château Mouton-Rothschild 1990 - Magnum Château Olivier 1990 - Martha's Vineyard Heitz Cellars Cabernet 1990 - Riesling Grand Cru Rangen de Thann Zind Humbrecht 1990 - Hermitage rouge « Le Gréal » Sorrel 1990 - Porto Galo Réserve Spéciale sans année # 1990 - Château d'Yquem 1994 - Champagne Besserat de Bellefon non millésimé – # 1995 - Champagne Besserat de Bellefon non millésimé – # 1995 - Champagne Besserat de Bellefon non millésimé – # 1995 - Champagne Besserat de Bellefon non millésimé – # 1995 - Champagne Besserat de Bellefon non millésimé – # 1995 - Champagne Besserat de Bellefon non millésimé – # 1995 - Champagne Besserat de Bellefon non millésimé – # 1995 - Champagne Besserat de Bellefon non millésimé – # 1995 - Champagne Besserat de Bellefon non millésimé – # 1995 - Champagne Besserat de Bellefon non millésimé – # 1995 - champagne "Femme" Duval Leroy 1996 - Champagne Napoléon NM 1996 - Champagne Napoléon NM 1996 - Champagne Napoléon NM 1996 - Champagne Le Brun de Neuville blanc de blancs 1998 - Champagne Ruinart en magnum ss A. # 1998 - Champagne Ruinart en magnum ss A. # 1998
Monday, May 25. 2009étiquettes de La Tache 1943
voici trois étiquettes de La Tâche DRC 1943 le papier de celle ci-dessus semble plus lisse que celle ci-dessous celle ci-dessous s'est un peu décollée a Saturday, May 23. 2009repas d'amis par un beau soir de printemps
Nous sommes reçus chez des amis, face à la mer, par une belle soirée du milieu du printemps. Le Champagne Henriot en magnum 1996 nous fait une énorme impression. Sa couleur commence à s’ambrer, son parfum est raffiné et en bouche il est généreux, confortable et de belle soif. Il se boit avec un immense plaisir, au point qu’à trois buveurs sur quatre nous finirons presque le magnum à l’apéritif. Il faut dire que les journées sont longues en cette période de l’année. Les poivrons grillés ne sont pas franchement des amis du champagne, alors que la sauce aux anchois, prise sur un peu de pain, excite bien le champagne chatoyant. Le dos de cabillaud vapeur sur poireaux, gingembre et citron se mange sur un Quintessence, « R » de Rimauresq, Côtes de Provence 2004. L’année dernière, j’avais jugé brutal ce vin puissant. Il a gagné en rondeur et son âpreté, caractéristique des bons Côtes de Provence, trouve un écho dans la chair râpeuse et typée du cabillaud. Le vin est très appréciable, et l’on mesure encore plus sa réussite lorsqu’apparaît le Rimauresq, Côtes de Provence 2006. Trop jeune, fougueux, il joue dans la douceur et n’a pas encore trouvé la « râpe » que j’aime dans ces vins de soleil. Nous testons des fromages variés sur les vins rouges et le dessert est une subtile crème au romarin du jardin. Ce dessert raffiné va repousser le Champagne Dom Pérignon 2000 par une opposition qui stérilise le champagne. Le goût du romarin est tellement prégnant que le champagne est noyé. Il reste dans une coupe un peu du Henriot qui s’est réchauffé. Cela permet de constater que le champagne Henriot accepte le romarin et n’est pas bridé alors que le Dom Pérignon, habituellement floral et romantique, est effrayé et tétanisé par la plante aromatique. Ce sont deux comportements opposés. Ce fut une belle soirée qui préfigure les plaisirs de l’été. Wednesday, May 20. 2009rebelote !
La belote a ceci de récurrent qu’on ne sait jamais si l’on n’est pas en train de prendre la revanche d’une précédente bataille. Le Champagne Charles Heidsieck mis en cave en 1997 est extrêmement rassurant. L’âge lui a apporté rondeur et sérénité. Il est gentiment excité par de la poutargue. Le Champagne Dom Pérignon 1998 est d’une gracile noblesse. Tout en lui est romantique et iodé. En le buvant, je m’imagine gober des huîtres. Evoquant aussi les fleurs blanches, ce champagne nous conquiert. Un Côtes de Provence, Domaine des Cressonnières 1988 est satisfaisant. Bien sûr, il n’a pas inventé la poudre, même s’il évoque fugacement la pierre à fusil, mais il est fort plaisant à boire, ayant acquis une belle forme d’équilibre avec une râpe bien dominée. Sur un gigot cuit une demi-journée à basse température et un gratin de pommes de terre, c’est un régal. Si le vin déchaîne les passions, la belote le surpasse en magnitude. Monday, May 18. 2009dîner de promotion de mon école
Le dîner de ma promotion se tient à l’hôtel de Poulpry. Le budget de la soirée est particulièrement léger et c’est naturellement le vin qui trinque. Je peine à approcher mon nez et mes lèvres du blanc et du rouge qui pour moi sont imbuvables. Ma surprise est de voir que mes camarades peuvent boire ces vins du sud-ouest ou de Bergerac sans ciller. Boit-t-on pour avoir les papilles qui se titillent et s’émoustillent ou pour appréhender un vrai goût ? Parmi les souvenirs les plus évoqués, c’est la conférence que fit Salvador Dali aux élèves en grand uniforme qui a marqué nos esprits. Un camarade que j’admirais en Math-élém pour ses notes brillantes et avec lequel j’ai suivi les mêmes classes de Math sup et Math spé, que je n’avais pas revu depuis trente ans me lance : « quand j’ai vu comment tu travaillais, je n’ai jamais compris comment tu as pu intégrer notre école ». Malgré nos âges avancés, on se chambre toujours entre labadens. Friday, May 15. 2009BELOTE
La belote attire les bouteilles de champagne par une symbiose aussi efficace que celle qui colle le rémora à la raie manta. Le champagne Laurent Perrier Grand Siècle est d’une fraîcheur et d’une envie de soif qui pousse aux coinches les plus hasardeuses. Un intermède avec un Champagne Ruinart n’est pas à l’avantage de celui-ci car sa structure plus stricte et sa maigre longueur souffrent mal la comparaison. Un champagne Laurent Perrier Grand Siècle en magnum cette fois montre l’effet déterminant du format sur le goût de ce romantique champagne. Un Hermitage dont je n’ai pas retenu le nom manque de civilité sur un camembert et se découvre un beau talent sur un fromage de chèvre frais. Thursday, May 14. 2009le millionième de seconde...
On connaît les modifications de l’approche des chiffres depuis que des machines permettent de faire des divisions. Avant cette invention, ce qui peut paraître antédiluvien mais n’approche même pas le demi-siècle, il fallait la bonne table de logarithme ou une règle à calcul pour approcher une division qu’on ne voulait pas faire à la main. Aujourd’hui, on rapporte que telle voiture a couru l’épreuve de Formule 1 à 213,456 km/h de moyenne. On imagine toute l’importance que revêt la connaissance du chiffre « 6 » placé en troisième position après la virgule, car dire que la voiture avait couru à 213 km/h de moyenne serait d’un vulgaire achevé. La précision existe, car je l’ai rencontrée. C’est au millionième de seconde près que ma femme a réussi la cuisson d’un loup d’anthologie. Rien. Pas une once d’accompagnement. Pas le moindre petit bout de persil ou l’once d’une trace de citron. La nudité pure, une cuisson parfaite et un plaisir premier. Et ça, ça se joue au sixième chiffre après la virgule. Plus la gastronomie m’intéresse et plus je cherche la rencontre avec le produit pur, cuit savamment. Wednesday, May 13. 2009Rangement en cave
J'aime cette forme de casiers. On voit sur la photo qu'on range 7 bouteilles bourguignonnes de front et 8 bordelaises. Il me semble que l'idéal serait de prévoir 8 bourguignonnes de front, avec une profondeur qui permet de ranger deux bouteilles sans qu'elles ne se chevauchent.
déjeuner au restaurant Laurent
J’avais, pour des raisons diverses, gardé peu de relations de mes métiers d’avant. Un de mes clients, entrepreneur comme moi, m’avait conservé une fidèle amitié. Nous déjeunons ensemble au restaurant Laurent où toutes les tables sont occupées d’habitués, gens qui comptent dans les sphères du pouvoir ou de l’industrie. Nous choisissons des asperges présentées avec un œuf mollet et du parmesan puis un merlan cuit avec une délicate tapenade et des copeaux de chips. Le choix est évident : Riesling Clos Sainte Hune Trimbach 1999. On pourrait me reprocher un manque d’imagination dans mes choix de vin, mais le buffle aime revenir laper les eaux qu’il a chéries. Je mesure à quel point l’oxygène est indispensable à ce vin. Car au début, un peu froid, il est agréable mais manque d’étoffe. C’est – comme souvent – la dernière gorgée qui exprime la séduction extrême de ce vin dont la limpidité est une signature reconnue. Que l’Alsace est belle quand elle parle ce discours. Patrick Lair vient nous apporter en fin de repas deux verres de couleur zinzolin. Le vin est tellement jeune ! Il s’agit de Grand Puy Lacoste 2008. Ce vin de six à huit mois sans doute se boit avec bonheur. Il est généreux à cet âge. Comment peut-on prédire l’avenir d’un vin qui va mille fois changer de visage ? Celui de ce jour est souriant. Tuesday, May 12. 200940è anniversaire de mon fils chez lui
Mon fils fête un anniversaire de chiffre rond avec des amis de son âge à son domicile. Il me dit : « n’apporte rien, j’ai tout prévu ». Ce fut vrai. Par une belle soirée de printemps dans son petit jardinet, le Champagne Pierre Montcuit 1995 se boit avec une facilité rare. Né au Mesnil-sur-Oger, la Mecque du blanc de blancs, il est extrêmement agréable et de belle précision. J’adore ce type de champagnes. Le Champagne Ruinart rosé sans année est moins intéressant et un peu court. Il glisse bien en bouche. Les bulots, blinis aux œufs de saumon et autres cochonnailles se dévorent en accompagnant des discussions animées Nous passons à table, et le Chevalier-Montrachet Domaine Ramonet 2004 impose le silence par son parfum capiteux et déclenche les bravos par son goût envoutant, profond de riche plénitude. Ma belle-fille a fait un menu très brillant, avec langoustines et coquilles Saint-Jacques crues, une épaule d’agneau confite avec boulgour et aubergines, fromages et crème caramel. Le bordeaux de l’année de mon fils, Lafleur-Pétrus 1969 est nettement plus avenant que le souvenir que j’en avais gardé. Il faudrait beaucoup d’imagination pour croire qu’il vient de cette maigre année. On se prend même à le trouver gouleyant. C’est dire ! Alors que je suis un farouche défenseur de la langue française, il existe des expressions anglaises qui ont une force d’évocation que le français ne donne pas. Le Château Latour 1928 est « jaw dropping ». Littéralement, il fait tomber la mâchoire tant on est ébahi. L’instant où on le découvre est saisissant. Il représente toute la justification de ma démarche vers les vins anciens et je suis heureux que mon fils ait choisi ce vin de sa cave pour son anniversaire. La richesse d’évocation dont toutes les notes sont subtiles, est incroyable. Ce vin pousse au recueillement, à l’intériorisation de saveurs dont on a envie de capter religieusement toutes les nuances, tant il tintinnabule des myriades de douceurs. Alors, le pauvre Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1996 qui lui succède n’est franchement pas aidé d’apparaître à cet instant sur le fromage. Rien en lui n’accroche l’attention, tant le mirage du vin de neuf fois neuf ans coiffe de béatitude nos cerveaux tétanisés. Le cerveau se réveille sur l’Aleatico vin doux fortifié de l’île d’Elbe, qui évoque les pruneaux confits, les figues et des saveurs doucereusement orientales. De ce beau dîner affectueux et chaleureux deux vins émergent, un éblouissant Latour 1928 et un grand Chevalier-Montrachet 2004. Une très belle soirée. Monday, May 11. 2009Le Bistrot du Sommelier fête ses 25 ans
Le Bistrot du Sommelier fête ses 25 ans. Nicolas de Rabaudy m’avait raconté qu’il était aux côtés de Philippe Faure-Brac aux débuts de cette aventure. Philippe a su transformer cette expérience en réussite. Plus de cinq cents personnes se bousculent pour venir fêter le propriétaire heureux et son équipe. De jeunes sommeliers en apprentissage dispersent des vins à déguster de toutes régions. L’atmosphère est à la fête et au chant, car Philippe a un fort beau filet de voix. Gérard Holz, venu en ami a montré que les sables du Dakar n’ont pas ensablé sa voix. Patrick Pignol tout sourire a voulu comme moi montrer à ce sommelier de grand talent toute l’estime que nous lui portons. Saturday, May 9. 2009un livre « Le marché de l’excellence » donne à mon expérience une dimension dynastique (?)
Madame Marie-France Garcia-Parpet est l’auteur d’un livre : « Le marché de l’excellence » au sous-titre : « les grands crus à l’épreuve de la mondialisation », publié aux éditions du Seuil. Dans ce livre cette chercheuse à l’INRA étudie la compétition dans laquelle est engagé le vin français en choisissant une approche sociologique, voire ethnologique. Dans une première partie où elle analyse le produit sous l’angle de l’excellence, elle tend à faire apparaître à quel point les castes privilégiées tendent à perpétuer leurs positions dominantes historiques en faisant appel à la protection des pouvoirs publics. Le conservatisme des anciens acteurs est opposé aux forces nouvelles des intervenants de la compétition mondiale. A ma grande surprise j’ai pu lire que je suis cité de nombreuses fois et que l’on donne à mon expérience une dimension dynastique qui n’a jamais existé. Flatté d’être mentionné, je n’ai aucune envie de lancer une polémique. Mais étonné qu’une chercheuse à la déontologie garantie par son appartenance à l’INRA n’ait pas éprouvé le besoin de me contacter, j’ai rédigé un projet de lettre à lui adresser. C’est un projet, car il me semble utile de « mûrir » ce courrier. C’est aussi une occasion de faire découvrir à mes lecteurs un peu plus que ce qui figure dans mon livre « carnets d’un collectionneur de vins anciens ». Les avis et commentaires seront les bienvenus. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Lettre à Madame Marie-France Garcia-Parpet Objet : Livre « Le marché de l’excellence » sous-titre : « les grands crus à l’épreuve de la mondialisation », éditions du Seuil. Madame, C’est un forum de passionnés de vin qui m’a appris l’existence de votre livre. Celui qui l’a signalé a indiqué que je suis cité plusieurs fois, ce qui m’a poussé à rechercher votre livre. Me rendant chez mon libraire, je l’ai demandé et consultant la table des matières je n’ai vu mon nom ni dans les noms cités ni dans les ouvrages cités. Curieux du sujet, j’ai acheté le livre. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai remarqué que votre liste des auteurs est en deux parties. Je suis cité dans la deuxième. Tout d’abord, je suis extrêmement honoré de figurer dans votre livre, cité plusieurs fois, avec des extraits de mes écrits ou déclarations à divers médias. Je suis en bonne compagnie puisque vous citez aussi très souvent Aimé Guibert, dont je m’honore d’être l’ami, personnage haut en verbe, aux idées percutantes, qui a fait énormément pour le monde du vin et avec lequel je converse avec un infini plaisir. Mon nom et mon expérience sont cités dans la première partie où vous décrivez la spécificité du produit, avec la distinction sociale et le rapport au temps (c’est le titre de votre premier chapitre). Vous avez choisi un biais ethnographique et le jeu subtil des rapports sociaux que vous suggérez comme obéissant au principe suivant : quand on est d’une certaine caste, on cherche à en prolonger le plus longtemps possible les privilèges ou la rareté. Il apparaît assez clairement que vous êtes sensible à l’origine sociale des acteurs, avec l’idée qu’ils font tout pour protéger leur rang. Vous utilisez mon exemple pour corroborer cette vision. Je n’ai aucune intention d’argumenter sur votre sujet de thèse, car il vous appartient. Mais comme votre vision de l’évolution de ma famille me semble être à l’opposé de ce que j’ai vécu, il m’est apparu intéressant d’écrire ce que je ressens, plus pour moi que pour vous, car votre livre, riche d’informations, ne sera en rien modifié par la correction que je ferai de ce qui est écrit. J’aurais préféré que nous nous voyions avant la parution de votre livre, d’autant que je suis très accessible, mais si vous aviez connu l’histoire de ma famille, mon exemple aurait perdu de son poids dans votre argumentation et je n’aurais pas été cité. Tout est donc bien ainsi. Je vais juste me permettre de retracer mon évolution, en espérant que vous puissiez y trouver l’intérêt du chercheur que vous êtes, puisque mon expérience vous est apparue intéressante à mentionner. Vous dites : « petit-fils d’un grand industriel de l’acier, il a dès son enfance, eu l’occasion d’être initié à la dégustation des plus grands vins »… Puis : « prolongement naturel de cette enfance privilégiée, François Audouze, en tant qu’héritier d’une grande famille, a eu la possibilité de devenir polytechnicien »… Puis : « ayant des dispositions pour la dégustation – résultant d’expériences accumulées sur au moins trois générations étant donné les connaissances acquises par son père et son grand-père -, François Audouze a bénéficié aussi du temps libre et d’un revenu suffisamment élevé pour s’adonner à ses passions »… Puis : « Lassé de l’industrie »… Puis : « Si les vins dégustés au cours de ces dîners sont « inaccessibles au commun des mortels », étant donné leur prix et le filtrage délicatement opéré lors du coup de fil précédant les dîners »… Puis : « propriétés sociales d’autant plus rares qu’elles allient une grande aisance économique et une connaissance des vins dont l’appropriation s’est élaborée sur plusieurs générations, témoignant ainsi de la qualité sociale de la lignée »… Enfin : « il se pose en spécialiste de vins plus anciens que les vins de garde les plus prisés »… Le tableau est brossé. Il est tellement contraire à la réalité que rétablir celle-ci me semble une nécessité, du moins pour moi (je le répète). Mon grand-père paternel, Jean Germain Audouze (1874-1966) a commencé par être garde républicain à pied. Il assurait le rôle de planton dans les théâtres parisiens. Il revint ensuite dans sa région natale pour devenir gendarme à Eymoutiers, petite commune non loin de Limoges. Un gendarme ne me paraît pas être d’une grande lignée sociale. Quand mon père Lucien Audouze (1909-1983) fit ses études de médecine à Bordeaux puis à Lyon pour devenir médecin militaire, ma grand-mère vivait l’ascension sociale de son fils comme un cadeau du ciel. Mon grand-père maternel, Marcel Hardy (1886-1977) ardennais de famille était le fils d’un artisan tonnelier. Mais son père qui travaillait le bois et le fer n’a sans doute jamais vu une vigne. Doté du certificat d’études primaires, son seul diplôme dont il était fier, il était employé dans une quincaillerie. Il avait trois frères dont il était l’aîné. Son frère René Hardy a épousé une demoiselle Tortuaux dont le père était propriétaire d’une quincaillerie où travaillaient les deux frères. Après la guerre pendant laquelle mon grand-père fut gravement blessé à Verdun et hospitalisé pendant plus de deux ans, René, qui avait entretemps ajouté à son nom celui de son épouse, eut l’idée de créer une société de vente d’aciers car la reconstruction d’après-guerre semblait prometteuse. Trois frères entrèrent dans le capital et c’est René qui fut gérant. La société Hardy-Tortuaux ainsi créée en 1919 non pas par l’association de deux familles mais du nom de mon grand-oncle venait de se constituer. René demanda à mon grand-père d’être responsable de l’exploitation. Logé dans une petite maison qui surplombait le chantier où se stockait l’acier à Nouzonville, mon grand-père dirigeait les ouvriers et les chauffeurs, et le soir à la veillée, il passait les écritures de stock. La société s’est développée, grâce à l’ingéniosité de René, et quand la famille a acquis un entrepôt à La Courneuve, René a demandé à mon grand-père d’en devenir directeur de dépôt. Il a logé avec ma grand-mère pendant plus de trente ans dans une petite maison au centre du dépôt. Ma grand-mère avait pour seul horizon de vue le carrousel des camions et des wagons qui circulaient dans le dépôt ainsi que les énormes stocks d’aciers. On est loin de l’image des grandes familles qui se montrent dans les salons parisiens, car cet environnement, je ne connais personne qui pourrait le subir comme l’a subi ma grand-mère, 24 heures sur 24. Lorsque mon grand-père Jean Audouze a grandi en âge, mon père a voulu le rapprocher de lui et ses enfants et il l’a logé avec ma grand-mère dans un petit pavillon à Champigny-sur-Marne, s’occupant du potager que mes parents avaient à Champigny. De même, lorsque mon grand-père Marcel Hardy a atteint l’âge de la retraite, il a acheté un pavillon à Champigny-sur-Marne, proche du pavillon de mes parents. Ce qui fait que j’ai eu la chance de voir autant qu’il était possible mes grands parents qui vivaient à courte distance de chez mes parents. Champigny-sur-Marne peut-il être considéré comme le havre désiré d’une grande famille ? Il est certain que la société Hardy-Tortuaux a connu de beaux moments, qui ont permis de distribuer de rares dividendes, car l’esprit de la société était à conserver tous les profits dans l’entreprise, ce qui a d’ailleurs conduit, au moment de la troisième génération, à la vente de la société, qui n’assurait aucun revenu à ses actionnaires. Au lieu de la perpétuation d’une lignée familiale, j’ai vécu l’histoire de ma famille comme une quête permanente d’ascension sociale. Ma grand-mère paternelle, femme de gendarme, voyant son fils devenir médecin militaire, était émue. Mon grand-père paternel, doté du certificat d’études, voyant ses deux petits-fils devenir l’un polytechnicien, l’autre normalien, et sa petite-fille professeur de lettres assouvissait un secret désir. Quand ma mère est devenue amoureuse d’un beau militaire, mon grand-père vivait cela un peu comme une semi-mésalliance, car la famille Audouze n’avait aucun avoir. Il y avait déjà la répulsion des mariages inter-régions, l’Auvergne étant ressentie comme une région sous-développée par rapport à l’Ardenne industrieuse. Il y avait donc une tension entre les deux belles-familles du fait d’un écart social qui était entre deux barreaux bas de l’échelle sociale. Aussi mon père a-t-il voulu montrer qu’il était d’un autre bois. Médecin militaire, il a été handicapé par une tuberculose qui l’a cloué deux ans en sanatorium. Là, il a peint, dessiné, et a développé par la suite son talent artistique. Démobilisé, il s’est installé comme oto-rhino à Champigny-sur-Marne, ce qui explique le regroupement familial. Ma mère, vexée sans doute des remarques acerbes de ses parents sur l’origine sociale de son mari, a été d’une ambition démesurée pour ses enfants. Si je suis entré à l’école Polytechnique, ce n’est pas porté dans le couffin du confort d’une élite comme cela ressort de votre phrase, mais parce que ma mère m’a fait apprendre à lire à trois ans par une institutrice en retraite et m’a fait sauter deux classes dans les trois premières années d’école. Mon diplôme n’est pas venu de ma cuiller d’argent mais de l’opiniâtreté d’une mère. Mon père, charmeur et prévenant a été le président fondateur du Lions Club de Nogent-sur-Marne, ce qui a entraîné une vie sociale active. J’ai d’ailleurs été influencé par son exemple puisque je suis devenu président de ce même club à l’âge de 29 ans, ce qui, dans le fonctionnement de ces clubs dont les membres sont habituellement dans la cinquantaine active et attendent longtemps avant d’obtenir ce poste, est assez inhabituel. Mais c’est un de mes traits de caractère que d’aimer la compétition, puisque ma mère m’avait formé à gagner tous les concours. La phrase : « prolongement naturel de cette enfance privilégiée, François Audouze, en tant qu’héritier d’une grande famille, a eu la possibilité de devenir polytechnicien »… me parait complètement contraire au contexte familial tel que je l’ai vécu. Mon grand-père paternel ne buvait pas. Mon grand-père maternel recevait relativement peu. Presque seulement la famille et ces fameux moines qui m’ont tant fasciné quand je servais la messe chaque dimanche. Enfant, je vivais mal le péché de gourmandise, et de voir des moines plus gourmands que Gargantua ou Grandgousier, commettant donc péché sur péché, cela me troublait. Marcel Hardy, contrairement à ce qui est suggéré, n’avait quasiment aucune connaissance du vin. Sa connaissance n’était pas nulle. Il disait souvent : « quand je veux acheter du vin, je vais à la Foire de Paris. Et si le vigneron me plait, j’achète ses vins ». Et Marcel nous a souvent traînés à la Foire de Paris, spectacle impressionnant pour des enfants qui voient des kilomètres de saucisses, des mottes de beurre comme des montagnes. Cette vision, j’ai du mal à la convertir en privilège d’une grande famille. Mon père recevait aussi beaucoup d’amis, et au travers des barreaux de l’escalier montant à nos chambres, nous nous faisions petites souris pour écouter les rires. Il y avait bien sûr des vins, dont certains n’étaient pas mauvais (je l’imagine), mais la culture œnologique de mon père était inexistante. Si un ami du Lions Club lui indiquait un propriétaire, il achetait. Mais la recherche de connaissance était au niveau zéro. Jamais dans ma famille je n’ai entendu parler de Pétrus, Cheval Blanc ou Haut-Brion. Et si ces noms avaient été évoqués, on aurait immédiatement dit : « ça, c’est pour des gens de la Haute ». Dans ce même esprit, la phrase : « propriétés sociales d’autant plus rares qu’elles allient une grande aisance économique et une connaissance des vins dont l’appropriation s’est élaborée sur plusieurs générations, témoignant ainsi de la qualité sociale de la lignée »… est donc totalement fausse. Mes deux grands-mères cuisinaient bien. Mais c’est plus l’apanage des familles modestes que des familles de la « Haute ». Mes parents et grands-parents avaient une connaissance du vin proche de zéro et la mienne était tout simplement égale à zéro. A 27 ans, quand j’ai acheté un pavillon au Plessis-Trévise (spot qui n’est normalement pas prisé par les grandes familles), et lorsque la cave me tendait les bras pour que je la remplisse, ma connaissance des vins était égale à zéro. Et elle est restée longtemps embryonnaire, forgée par le caviste Nicolas local où j’allais acheter des vins que mon pouvoir d’achat me permettait d’acquérir. Je n’avais aucunement le temps, car contrairement à ce qu’on voudrait suggérer, je travaillais comme un fou, n’ayant aucun temps à consacrer à l’apprentissage du vin et encore moins aux visites de vignobles. La phrase : « petit-fils d’un grand industriel de l’acier, il a dès son enfance, eu l’occasion d’être initié à la dégustation des plus grands vins » est doublement fausse puisque mon grand-père n’était que le directeur d’exploitation d’une affaire familiale qui ne distribuait pas beaucoup, vivait dans un pavillon de banlieue, sans aucun comportement de bourgeois (à part ses œuvres charitables), et je n’ai jamais été initié dès mon jeune âge à la dégustation. Je voyais seulement que l’on recevait et qu’il y avait du vin. Tout est faux dans la phrase suivante : « ayant des dispositions pour la dégustation – résultant d’expériences accumulées sur au moins trois générations étant donné les connaissances acquises par son père et son grand-père -, François Audouze a bénéficié aussi du temps libre et d’un revenu suffisamment élevé pour s’adonner à ses passions ». Car je n’avais aucune disposition pour la dégustation, aucune lignée dans ce sens puisque personne ne connaissait réellement le vin, même si l’aptitude à goûter devait exister, et l’idée de temps libre est absolument fausse. Seul est vrai le fait que mon revenu élevé me permettait de boire de grands vins. Et ayant hérité de ma famille l’envie de bien recevoir et d’être généreux avec mes invités, j’ai bien traité tous les amis et parents qui dînaient chez moi. La phrase : « Si les vins dégustés au cours de ces dîners sont « inaccessibles au commun des mortels », étant donné leur prix et le filtrage délicatement opéré lors du coup de fil précédant les dîners »… me choque, parce que l’on suggère que je choisirais les convives alors que je me suis fait un point d’honneur de ne jamais mettre aucune condition à la participation à mes dîners, allant même jusqu’à l’offrir à certains jeunes motivés qui me paraissaient ne pas avoir les moyens de participer financièrement au coût élevé de mes dîners, élevé car je vise l’excellence ultime. La phrase : « Lassé de l’industrie » est elle-même aussi fausse, car je n’ai jamais marqué le moindre désintérêt pour mon rôle d’industriel. Ayant dirigé un groupe dont le point d’origine est l’entreprise familiale, et l’ayant fortement développé, j’ai été débarqué de mon poste de président à la suite d’une OPA réalisée par un groupe allemand. Immédiatement après, j’ai acheté une entreprise spécialiste dans les produits d’isolation pour le bâtiment et l’industrie. Je l’ai fortement développée, et quand j’ai senti que ma société courait un risque financier qui la mettait en péril, je l’ai immédiatement vendue. Ayant atteint l’âge de la retraite et échaudé par cette expérience, j’ai jugé qu’il était temps de ne me consacrer qu’à ma passion du vin, avec le goût de la compétition me poussant à faire de cette expérience une expérience unique. Mon activité de dîners a démarré avant ma mise à la retraite parce que ma nouvelle société représentant de l’ordre de cent personnes alors que j’en dirigeais quatre mille, il me semblait possible de mener les deux de front, ce qui n’était en aucun cas un signe de lassitude. Enfin, ce qui m’a choqué, c’est cette phrase : « il se pose en spécialiste de vins plus anciens que les vins de garde les plus prisés »… Ma formation scientifique m’a donné l’humilité du scientifique qui ne prétend jamais être celui qui sait. Chaque fois que je communique sur les vins, je m’empresse de faire comprendre que : « je ne suis pas celui qui sait, je suis celui qui a de l’expérience », ce qui pour moi est une différence majeure. Jamais je ne prétends détenir la vérité, je prétends avoir de l’expérience. Entre expertise et expérience il y a une différence majeure. Je sais rester à ma place, même si j’aime parler du vin. L’analyse que je pourrais faire du parcours de ma famille est qu’il est strictement le même que celui de toutes les familles françaises, à savoir l’envie que la génération suivante soit d’un statut social supérieur. Dans ma famille on voulait se pousser du col, et le but ultime a été atteint par mon frère, hélas sans que beaucoup de mes aïeux ne puissent en être témoins, lorsqu’il a été nommé conseiller scientifique à l’Elysée du Président Mitterand, astrophysicien reconnu, récipiendaire de la Légion d’Honneur. Le petit gendarme et l’employé de quincaillerie ont eu un petit-fils grand scientifique. C’est un aboutissement. J’ai eu mon ambition, beaucoup d’ambition, et un goût très prononcé de la compétition. Concours de maths de l’enseignement catholique, concours général de physique, entrée à Polytechnique à 18 ans, cela montre une envie de gagner. Démarrant dans la vie active alors que mes amis universitaires avaient encore au moins quatre ans d’études, j’ai joui d’un pouvoir d’achat plus rapidement que d’autres. J’ai fondé ma société de conseil d’entreprises à 25 ans, et mon client principal a été Hardy-Tortuaux, société de famille où je n’étais pas du tout destiné à entrer puisque c’est la branche de René Hardy et non de Marcel qui dirigeait. Lorsque mes cousins, mes clients, m’ont proposé d’entrer comme directeur technique dans l’entreprise familiale, culotté comme on l’est à 27 ans, j’ai dit que je n’y entrerais que comme directeur général. Ce fut fait, mais je n’étais pas naïf, car je savais qu’en dépendant de mes cousins, je paralysais le droit de vote de ma branche familiale, ce qui s’est produit, car il m’a été difficile de m’opposer à la vente de la société familiale en 1978. Heureusement, mon grand-père mort en 1977 n’a pas vu sa société vendue. Mon grand-oncle René, homme de prestiges et d’honneurs, contrairement à mon grand-père au parcours modeste, était devenu président de la fédération internationale du négoce des aciers tubes et métaux. Goût du challenge et point d’honneur pour ma branche familiale, j’en suis devenu président aussi, offrant ce cadeau posthume à mon grand-père qui avait vécu dans l’ombre de son frère. Je n’ai pas hérité d’une cave. Père et grand-père réunis, je n’ai pas eu plus de vingt à trente bouteilles, dont l’essentiel était constitué de Chateauneuf-du-Pape d’un producteur dont je n’ai jamais croisé le nom depuis. On connaît la théorie des compensations : si j’avais hérité d’une cave, je n’aurais jamais eu la même frénésie à constituer une cave qui compte. De même, si j’avais eu un palais formé de longue date au lieu d’être totalement ignare à trente ans, je n’aurais jamais eu la même envie de communiquer sur mon expérience. Pourquoi cette longue lettre pour corriger l’image que vous avez forgée ? C’est parce que, qu’on le veuille ou non, on est influencé par des phrases ou des mots. La devise de Polytechnique : « pour la Patrie, les sciences et la Gloire » est certainement une phrase qui compte énormément dans ma vie. Une autre m’a beaucoup troublé, c’est l’expression : « je me suis fait moi-même ». Tous les gens non diplômés qui réussissent disent : « je me suis fait moi-même ». Fallait-il en conclure qu’avec mon cursus je ne m’étais pas fait moi-même ? Aurais-je été fait sans en être responsable ? Cela m’a toujours choqué. Aussi, s’agissant de mon expérience du vin, où, à l’évidence, on peut dire que vraiment, « je me suis fait moi-même », je suis chatouilleux sur le fait qu’on puisse dire que le mérite en reviendrait à une lignée, à une facilité familiale ou à une cuiller en argent. C’est cette réaction épidermique qui justifie que je sois si long dans cette lettre, évoquant des sujets dont la portée n’a rien de planétaire. Si mon parcours professionnel a été réussi, c’est parce que ma mère, sans doute vexée qu’on lui fasse sentir une alliance avec une famille d’un milieu social plus faible, m’a inculqué l’envie de gagner tous les challenges possibles. Et si je suis actif dans cette expérience dans le domaine du vin, c’est à cause d’une phrase de ma femme, au moment où j’étais au faîte de ma carrière : « tu travailles tellement que lorsque tu seras à la retraite, tu n’auras aucune passion, aucun hobby. Tu ne sauras rien faire ». Mon goût du challenge avait un aiguillon et matière à s’exprimer. Voilà l’image que je voudrais vous donner et que je serai heureux de transmettre verbalement si vous me faites l’honneur de vouloir faire ma connaissance. Et je pousserai même ce mouvement jusqu’à vous inviter à l’un de mes dîners, sans redouter le moins du monde que votre présence puisse représenter, dans un sens ou dans l’autre, une dissonance sociale. Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes remerciements pour avoir été aussi abondamment cité dans votre excellent ouvrage et celle de mes sentiments respectueux et distingués. François Audouze Friday, May 8. 2009quelques vins dans le sud
Dans le sud, avec mon gendre, nous ouvrons un Champagne Substance de Jacques Selosse, dégorgé en mars 2008. J’avoue avoir plus de mal que d’habitude avec ce champagne extrême. Car il est difficile de se raccrocher à des repères. C’est grand, noble, mais c’est extrême. Sur un gigot cuit neuf heures et fondant comme du miel, un Château Larrivet-Haut-Brion rouge 1992 est une agréable surprise. On n’attendrait jamais un coffre pareil d’une si petite année. Le vin est court bien sûr, et ne déborde pas d’imagination, mais ce vin est plus que buvable, il est plaisant. Juste après lui, nous goûtons Château Mouton-Rothschild 1967. Bien sûr, après quelques minutes d’épanouissement dans le verre, ce vin ouvert deux heures avant le repas nous offre du velouté, de la grâce, et une rondeur apaisante. Mais on est loin du raffinement qu’un tel vin devrait avoir. Et on ne peut pas incriminer l’âge, car la couleur du vin est d’un beau rubis et son niveau dans la bouteille était quasiment comme au premier jour. Ce vin, tout simplement, n’avait pas envie de jouer les grands. Alors, c’est l’inattendu vin de 1992 qui est le plus plaisant des trois, surtout parce qu’attendant moins, on valorise la surprise. les bordeaux
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