Thursday, June 24. 2010journée mémorable - les photos
1 - visite à la Romanée Conti Cette photo, c'est pour montrer que "j'y étais" : Quand Bernard Noblet écoute une question, il écoute attentivement. Et quand il boit du vin, il boit attentivement une vue partielle sur le stock du domaine 2 - visite au Chateau de Vosne-Romanée, domaine du Comte Liger-Belair Je n'ai pas pris de photos en cave 3 - déjeuner à Loiseau des Vignes à Beaune les vins : Bâtard Montrachet Domaine Leflaive 1999 Vosne-Romanée aux Reignots Domaine Liger-Belair 2002 (on voit l'effet sur l'étiquette d'un seau d'eau pour rafraîchir le vin) Côte Rôtie La Landonne Guigal 1986 les trois beaux bouchons les plats mon ami James et Louis-Michel Liger-Belair 4 - dégustation des Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils Les bouteilles prêtes pour la dégustation dans le caveau du chateau de Beaune 5 - dîner extraordinaire à l'orangerie du Chateau de Beaune Les vins Le Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs magnum 1959 bu sur la terrasse du chateau Château Margaux 1929 (on note qu'un petit choc sur la capsule peut être la cause de la baisse de niveau dans la bouteille) Fleurie Château de Poncié 1929 qui avait appartenu à Bouchard à cette époque, l'a quitté et se trouve de nouveau "cousin" de Bouchard, dans le portefeuille vinicole de Joseph Henriot. Château Lafite 1858 Château Lafite 1844 (qui n'était pas "Rothschild" à ce moment là) Beaune Grèves Vigne de l'Enfant Jésus 1865, une des plus glorieuses bouteilles de la collection Bouchard Château La Tour Blanche 1869. On voit une petite coulure à la suite de mon voyage de Paris à Beaune. ça n'a pas empêché ce vin de briller. On arrive à lire sur cette contre étiquette du La Tour Blanche : "E. Mortier / de Chateau Lafite / Bordeaux France". Je serais heureux si quelqu'un pouvait identifier ce type d'étiquette. la bouteille de Vin de Chypre 1841, toute petite, est d'une rare beauté l'ensemble des vins du dîner. Je crois que ce ne sera pas souvent que je verrai un aussi prestigieux rassemblement. Les cinq bouteilles de droite ont plus de 140 ans ! Quelques photos prises à l'apéritif et au repas L'orangerie qui est accolée au château de Beaune vision de la forteresse et ses jardins le repas était si passionnant que je n'ai photographié qu'un plat, celui du poisson les verres restant sur la table ne donnent pas l'ampleur de l'événement qui comptera dans nos vies d'amateurs de vins rares et anciens
La journée la plus mémorable de ma vie de passionné de vins
Cette journée est probablement la plus mémorable dans ma vie de passionné de vins. Je vais la raconter comme je l’ai vécue. Comme il y a eu trois dégustations en cave de domaines, je les ai racontées dans des sujets distincts ci-dessous. J’en donne les liens dans le texte. Il y a des jours qui pèsent plus que d’autres. Ce 24 juin est un poids super lourd, heavy weight selon la classification de la boxe anglaise. Un dîner a été préparé avec quelques amis collectionneurs, sous l’aile bienveillante de Stéphane Follin-Arbelet, directeur général de Bouchard Père & Fils. Ce sera ce soir. Un ami américain dont j’aime la subtilité d’approche des vins et de la cuisine, m’annonce qu’il sera en Bourgogne pendant quelques jours qui incluent le 24 juin. Il paraît assez naturel de déjeuner avec son épouse et lui ce même jour. Il m’annonce que le matin, il visite la Romanée Conti. Il est tentant de me joindre à eux et je préviens le domaine que je serai de cette visite. J’ai aussi envie de rencontrer Louis-Michel Liger-Belair, que j’invite à rejoindre notre déjeuner. Le niveau de remplissage de mon agenda atteint le maximum acceptable. Je réfrène donc toute nouvelle envie de rencontrer d’autres amis bourguignons. A 10 heures précises, le groupe de visite se forme au domaine de la Romanée Conti. Le récit de la dégsutation des 2009 est faite ………….. ICI. Avec mon ami américain et son épouse, nous n’avons que quelques pas à faire pour sonner à la porte du château de Vosne-Romanée. Dès que je sonne un grand chien accourt pour se manifester, suivi d’une petite fille à peine plus grande que le chien, mais le dépassant en autorité. Louis-Michel Liger-Belair vient nous ouvrir et nous propose de goûter quelques vins avant de partir déjeuner. La dégustation de plusieurs 2009 du domaine Liger-Belair est faite …………….. ICI. Pendant toute la dégustation, je pressais Louis-Michel d’accélérer, car mon ami James posant des questions pertinentes, il voulait légitimement y répondre. Mais il fallait aller vite au restaurant Loiseau des Vignes à Beaune en faisant un crochet pour que je dépose de précieuses bouteilles à mon hôtel, car avoir trois bouteilles de plus de 140 ans dans un coffre quand il fait chaud, mérite que l’on abrège le supplice des vins. Nous passons à mon hôtel en convoi de trois voitures. Je fais vite à décharger et prendre la bouteille que j’ai prévue pour le repas. Cela se passe trop vite. Nous cherchons des places de parking dans un Beaune très visité par des touristes en un jour de grande chaleur. A l’arrivée au restaurant, on nous propose de déjeuner dans le jardin ou à l’intérieur. Il est plus raisonnable pour les vins d’être à l’intérieur. J’enlève le papier journal qui entoure ma bouteille et catastrophe : je me suis trompé de bouteille. Celle-ci est un vin de 145 ans. Il serait hors sujet dans ce que nous avons prévu. Compte tenu des difficultés de parking, je suis découragé d’aller chercher ma bouteille et j’envisage de commander un vin sur la carte des vins. Avec une gentillesse remarquable, Louis-Michel me propose d’aller chercher mon vin. C’est vraiment un geste que j’apprécie. Le menu que nous choisissons après avoir demandé l’avis du directeur de salle en fonction de nos vins est : Jambon Iberico de Bellota, tartine à la catalane / Spaghetti au homard européen à l’estragon / Suprêmes et cuisses de pigeon caramélisés, poêlée de girolles. David, jeune sommelier formé à Saulieu, est très motivé de servir nos vins, pour lesquels j’avais demandé la permission de Dominique Loiseau de les apporter, qui m’a fait une réponse positive très amicale. Le Bâtard Montrachet Domaine Leflaive 1999 est d’une folle jeunesse. Il y a une saveur lactée comme celle que l’on trouve dans les tout jeunes vins. Le vin est riche et équilibré, il est jeune et puissant. C’est pour mon goût un vin idéal. L’accord avec le jambon espagnol, que l’on aurait aimé servi un peu plus froid par ce temps estival, pour adoucir le gras, est un accord de première grandeur. Le citron et le beurre qui sont sensibles en goûtant le vin sont remarquablement équilibrés. Le Vosne Romanée 1er Cru Aux Reignots Domaine Liger-Belair 2002 a été carafé puis remis dans la bouteille par Louis-Michel ce matin. Il a donc une belle aération. Il y a beaucoup de fruits dans ce vin. Le vin est jeune, riche et c’est un vin que l’on aime boire. Je ressens qu’il n’est pas tout à fait complet, qu’il lui manque un petit détail qui donnerait un équilibre plus assumé. Mais c’est un détail, peut-être l’effet de la jeunesse, car ce vin est diablement bon à boire. Il y a une belle longueur et une grande précision, et l’amertume sensible est jolie. Le homard qui nous est servi est particulièrement copieux. Sa chair est parfaite. La sauce épicée dans laquelle s’enroulent les spaghettis est très épicée, mais il lui manque du poivre que nous faisons rajouter en grains, ce qui donne un coup de fouet à l’accord. C’est la chair du homard qui complète bien le vin très bourguignon. La Côte Rôtie La Landonne Guigal 1986 a une robe un peu trouble, car elle a voyagé dans ma voiture. Aussi, les arômes ne sont pas stabilisés. Mais quand le vin s’assied dans le verre, tout s’assemble et le vin est agréable à boire. Louis-Michel est très étonné de sa jeunesse. Il est frais comme un jeunet. Je trouve personnellement que La Landonne met en valeur les Reignots 2002, en faisant ressortir la précision du vin bourguignon. Boire les deux vins ensemble profite aux deux. Ils se marient tous les deux avec le pigeon qui est remarquable de chair et de préparation. Sa sauce est idéale. Le restaurant, qui a été couronné d’une étoile, la mérite. Le pigeon est d’une facture à signaler. Le service est agréable, et nos discussions auraient pu durer encore longtemps. J’ai quitté mes amis américains et Louis-Michel comme un voleur car le temps passait. Il me fallait une petite sieste, car ce soir, c’est le dernier dîner de mon année scolaire, et ce sera très probablement le plus grand. A l’hôtel des Remparts où je suis un habitué, je plonge sous la couette, espérant grappiller quelques minutes de sommeil. Il est 16 heures, et j’ai promis d’ouvrir les bouteilles du dîner à 17 heures. Si ma sieste a existé, et j’en doute, elle n’a pas dû dépasser une minute. C’est une bonne douche, car je connais maintenant le mode d’emploi de cet appareil, qui me requinque. A 17 heures précises, je suis prêt à ouvrir les bouteilles qui sont toutes présentes dans l’arrière cuisine du château de Beaune. Un ami suisse veut absolument photographier les bouteilles avant leur ouverture. Il est venu avec un petit tabernacle en polystyrène pour faire des photos de précision en gérant les éclairages. J’admire ce raffinement, mais on constate que mes photos ont une définition de points divisée par cinquante entre la photo que je prends et celle que je mets sur mon blog, car il faut les réduire. Le surcroît de précision a-t-il tant d’intérêt ? Mon ami suisse ouvre les deux bouteilles qu’avec son ami suisse ils ont apportées, et il joue sur du velours car les Lafite 1844 et Lafite 1858 ont été rebouchés au château en 1983. Leurs parfums, très proches, sont prometteurs. Ma tâche est plus rude, car je dois affronter des bouchons beaucoup plus vieux. Le bouchon du Margaux 1929, d’origine, est d’une magnifique qualité. Il est souple, mais il ne collait pas assez au verre, ce qui explique une baisse de niveau à mi-épaule que j’ai jugée acceptable. L’ami qui l’a apporté a une bouteille de réserve. Malgré un nez un peu torréfié, il m’a semblé inutile de faire appel au vin de secours. La partie se complique pour ouvrir le bouchon de La Tour Blanche 1869 que j’ai apporté. Du fait de la chaleur, le vin a un peu suinté et entouré le pourtour de la bouteille d’un liquide gras. Mais le niveau dans la bouteille est exceptionnel pour une bouteille au bouchon d’origine : il est à la base du goulot. Le bouchon se brise en de nombreux morceaux. Stéphane Follin-Arbelet aimerait m’aider, mais je préfère finir sans aide. Toutes les morceaux brisés sortent et l’odeur qui envahit la pièce est extraordinaire. On sent les agrumes qui vont se libérer. Le vin semble parfait. Je suis heureux. J’ouvre ensuite la toute petite bouteille du vin de Chypre 1841 et le bouchon est complètement collé aux parois. Aussi, quand je tire le tirebouchon, je ne retire qu’un petit cylindre du centre déchiré, et il me faut séparer le bouchon du goulot en coupant avec une pointe acérée de tout petits morceaux. Inévitablement des miettes tombent dans le vin, que j’enlèverai au moment du service avec une cuiller directement dans les verres. Le parfum de ce vin est à se damner. Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi capiteux et poivré. Stéphane nous presse pour aller au caveau du château faire une dégustation verticale du Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils. La dégustation verticale des Cabotte est faite ………………… ICI. Nous remontons avec nos verres de la Cabotte 1992 sur la belle terrasse qui surplombe les jardins implantés dans d’anciennes douves de la ville forteresse. Joseph Henriot nous rejoint, tout sourire, et gratifie chacun d’aimables compliments. Il y a dans notre groupe, de la maison Bouchard, Stéphane directeur général et Philippe l’homme qui fait et connaît tous les vins sur le bout des doigts, deux amis suisses, grands collectionneurs, un des principaux clients de la maison Bouchard qui vend du vin à grande échelle mais organise aussi des grandes dégustations aux quatre coins de la planète. Il y a aussi Allen Meadows, l’homme qui connaît le mieux les vins de Bourgogne, qui vient de sortir un livre sur les vins de Vosne Romanée. Deux journalistes vont filmer des moments de notre repas, pour les archives de la maison Bouchard. Sur la terrasse, nous buvons un Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs magnum 1959, vin que j’apprécie au plus haut point. Une grande peur nous prend, car il y a en bouche mais pas au nez, un petit début de bouchon. Fort heureusement ce petit défaut disparaît et la richesse de ce champagne beurre et citron, charnu et charmeur, me ravit. Ce champagne est d’abord un vin. Joseph Henriot est passionnant car il nous confie ses interrogations sur des choix stratégiques et nous sommes fiers d’être dans la confidence, mais il en profite aussi pour insister sur notre responsabilité pour développer l’amour des vins de qualité. Le menu composé par Stéphane et réalisé par Marie Christine est – je pense – le plus abouti de tous ceux des dîners auxquels j’ai été invité dans l’Orangerie de Château de Beaune. Le menu est : Gougères / médaillon de lotte au curry / volaille de Bresse aux morilles et riz sauvage / grenadin de veau, jus de cuisson et petits légumes / Cîteaux et comté / choco- passion. Ce fut très élégant. Le Corton Charlemagne Bouchard Père et Fils 1961 est une valeur sûre. Il a un nez de citron. En bouche, c’est magique car se mêlent les fruits confits et le citron. Le final de ce vin est extrême, avec du citron confit. Le curry va bien au vin. Ce Corton Charlemagne déborde de poivre. Ce qui est étonnant c’est le mariage d’une délicatesse et d’une grande puissance. Le Château Margaux 1929 se présente avec un nez assez fatigué. Mais on sent qu’il va s’améliorer. A côté de lui, le Fleurie Château de Poncié 1929 a un nez très frais. Je m’étonnais que ce domaine ait gardé des 1929, mais l’explication existe : ce domaine a appartenu à la maison Bouchard qui avait une stratégie de conservation d’une « bibliothèque » de millésimes de ses vins. Il est donc normal qu’ils aient gardé des 1929. Le château de Poncié a quitté le groupe Bouchard et c’est Joseph Henriot qui l’a acheté récemment pour l’intégrer à son groupe. En bouche le margaux est très joli et velouté. Il a un charme très féminin. Et ses petites faiblesses disparaissent miraculeusement avec les morilles. Le Poncié a des aspects mentholés. Il est très joli, vieux bois, avec beaucoup de charme dû à sa longueur. Il y a du bois et du café. Ce vin remarquablement conservé est un exemple de l’intérêt des beaujolais de garde. L’amertume est compensée par la belle densité. Lorsqu’on nous sert côte à côte le Château Lafite Rothschild 1844 et le Château Lafite Rothschild 1858, nous prenons conscience que nous entrons dans un monde qui est le Graal de tout amateur de vin. J’ai bien observé les bouteilles qu’ouvrait mon ami. Les bouteilles d’origine sont très anciennes. Les étiquettes récentes ne montrent rien de particulier, sauf le millésime et il y a une contre étiquette qui indique que les vins ont été rebouchés au château en 1983. Tout m’est apparu authentique. La couleur des vins est irréelle, car il n’y a pas un gramme de tuilé. Il y a même du rubis sur les bords. Les nez sont élégants. Les vins sont très acides, mais vraiment élégants. Leur jeunesse est confondante. Je trouve le 1844 beaucoup plus brillant, avec une richesse qui m’évoque Lafite 1961. Il a une structure folle, une densité incroyable. Je trouve cela complètement fou. On nage dans l’irréel, avec des structures invraisemblable et une puissance aromatique rare. Le nez du 1858 est délicat. Certains préfèrent le 1858 et je leur dis que c’est parce qu’il est le plus bourguignon des deux. Le 1844 a la race et la puissance d’un grand 1961 et le 1858 s’épanouit mieux et se montre progressivement plus élégant. Mais le 1844 m’a conquis. Pendant que je déguste, mes sens sont en éveil pour essayer de dépister une éventuelle ajoute à ces vins. Mais à mon sens il serait impossible d’avoir ces équilibres avec des vins qui ne seraient pas complètement homogènes. Joseph Henriot est un agronome, aussi s’interroge-t-il sur ce qui expliquerait une spécificité des vins préphylloxériques qui leur donnerait cette longévité. Je ne suis pas un expert de cette question, mais mes amis suisses et moi avons bu beaucoup de vins préphylloxériques et il est indéniable qu’il y a en eux une aptitude au vieillissement qui est spectaculaire. Est-ce parce que présentes depuis un millénaire, ces variétés se sentaient bien dans ces couches géologiques qui leur convenaient ? Cette idée me plairait. L’heure est venue pour le Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus 1865. Joseph Henriot et Stéphane rappellent l’histoire de la jeune carmélite qui avait prédit qu’Anne d’Autriche aurait un enfant et dont sa congrégation fut gratifiée de ce bout de vigne baptisé Enfant Jésus. Le nez du vin est extrêmement bourguignon, avec un charme confondant. Ce qui me frappe, c’est l’équilibre parfait de ce vin à la jeunesse aussi irréelle. Je trouve que ce vin sublime n’est pas le meilleur des trois que j’ai bus de cette année. Mais on est au sommet de ce que la Bourgogne a donné dans cette année historiquement grandiose. Tous mes amis sont quasiment K.O. assis tant le Château la Tour Blanche 1869 est d’une perfection infinie. Le parfum est d’une puissance rare. En bouche, le vin est d’un charme inouï. Malgré sa couleur noire, il n’y a quasiment pas de caramel et ce sont les agrumes qui dominent. On parle souvent de sauternes qui mangent leur sucre et je me souviens d’un Filhot 1858 bu en ce même lieu qui avait perdu son sucre. Ce vin de 1869 a gardé tout son sucre et il est tellement puissant qu’on dirait un grand Yquem et il m’évoque un peu le 1861 que j’ai adoré et pour mon ami suisse c’est l’Yquem 1869 qu’il a déjà bu trois fois. Il estime que les deux se ressemblent. A mon sens ce vin est « le » sauternes parfait, avec une jouissance en bouche incomparable. Le gras de ce vin sur un fond sucré et agrumes est unique. Il est temps de partager avec mes amis le Vin de Chypre 1841. C’est la seule bouteille de cette année que j’ai et le l’ai prise par jeu, pour offrir un vin plus vieux que le 1844 ! Le parfum de ce vin est d’une puissance incroyable. La sensation d’alcool est très forte. Et ce qui fait le charme, unique pour moi qui en suis fou, c’est que l’alcool fort est rafraîchi par un poivre dominant. Et le vin est une délicatesse, mêlant puissance, force alcoolique à une finesse créée par le poivre. Il n’existe aucun autre vin qui ait cette longueur infinie. Nous sommes tous conscients que nous venons de vivre quelque chose d’unique. Car la qualité de tous les vins était au rendez-vous. Nous avons pu constater que les vins peuvent approcher l’éternité. N’étant pas l’organisateur de ce dîner, je n’ai pas demandé que l’on vote. Mon vote serait : 1 - Château la Tour Blanche 1869, 2 - Château Lafite Rothschild 1844, 3 - Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus 1865, 4 - vin de Chypre 1841, 5 - Château Lafite Rothschild 1858. Si je n’ai pas mis en premier le Beaune Grèves 1865 qui était parfait, c’est essentiellement parce qu’il n’y avait pas la nouveauté que ce sauternes 1869 à la perfection absolue m’a offerte. Et le 1844 est tellement au dessus de ce que j’attendais de ces Lafite qu’il devait être couronné en bonne place. La maison Bouchard a créé cette occasion unique de boire certains de leurs trésors chéris et de réunir des amoureux de vins anciens autour de bouteilles de légende. Dans ma vie de collectionneur – et buveur – de vins anciens, c’est peut-être le plus grand dîner auquel j’aie pu assister. Merci à la maison Henriot et à mes amis présents à cet événement inoubliable. Dégustation verticale de quelques millésimes de la Cabotte de Bouchard
Stéphane Follin Arbelet DG de Bouchard nous invite à aller au caveau du château faire une dégustation verticale du Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils. Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2008 a un fort nez de noix et de noisette. Il est d’une densité énorme. Ce vin est beau. Il y a un peu de fumé. Philippe, l’homme qui fait les vins, dit qu’il est plus Chevalier que Montrachet. Il y a du fruit confit et du bonbon anglais et du poivre. La mise en bouteille est de mars 2010, il y a trois mois. On sent la noix et l’abricot sec. Ce vin est d’une forte personnalité. Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2007 a aussi un nez d’amandes. Il est plus léger, élégant, un peu laiteux. Il est un peu court (tout est relatif, à ce niveau de qualité), mais le final citronné est très élégant. J’aime ces vins moins puissants qui vont vers l’élégance, ici florale et de citron. Dans la finale, il y a un peu d’amande pilée sur du citron. Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2006 a un nez d’amande comme le 2007. Il commence à s’arrondir. Le vin est plus intégré. C’est un vin plus chaud. Il y a un peu de fumé, de beurre, de gras. Le final citronné est joli. Les arômes sont plus lourds, donnant un caractère assez capiteux. Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2005 a un nez plus tendre au premier abord, plus citron. Le vin est frais, plus léger, pêche blanche. Un ami signale le miel d’acacia. Le final est de citron vert et de poivre. Je le trouve assez différent des trois précédents. La puissance se découvre maintenant et le final est mentholé. Son charme s’étale maintenant. Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2002 est le premier vin a avoir vraiment un nez bourguignon. C’est un parfum de grande classe. Il y a de la noisette, du citron, de l’amande et ce petit « je ne sais quoi » qui fait la Bourgogne. En bouche le vin coule de source avec une insolente évidence. Il est frais et grand. Le panier de viennoiseries se sent avec du beurre, mais le final est citronné. C’est un vin immense, à l’équilibre spectaculaire. Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2000 a un nez plus discret mais fin. En bouche, il est le plus chaleureux. C’est celui qui a le moins d’acidité. Malgré moins de présence que le 2002, je le trouve très fin et élégant. C’est un beau vin d’élégance. Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 1992 est servi en magnum. C’est le premier millésime de ce vin. Car ce vin qui géographiquement est dans l’emprise des Montrachet, n’en a pas le nom, pour des raisons administratives. Il a été jugé intéressant de le vinifier pour lui-même, sans l’inclure dans le Chevalier Montrachet, du fait d’une personnalité qui justifie qu’on lui donne son indépendance. Le nez de ce vin est magique. Il y a de la morille et du sous-bois. Ce vin est beau. Il y a du toasté, du fumé, et une complexité certaine. Le final est en fanfare, avec des fruits jaunes fumés. Il a une grande fraîcheur. Quand on reprend du 2002 derrière le 1992, on sent que le 2002 est plus racé, mais qu’il raconte moins de choses. Et l’expérience saisissante, c’est de boire le 2008 après le 1992, car la continuité gustative est spectaculaire. Le 2008 est plein de richesse, si frais et si long en bouche. Cette dégustation est convaincante. J’ai un faible pour ce vin. dégustation de quelques 2009 du domaine Vicomte Liger-Belair
Après la dégustation des 2009 de la Romanée Conti, avec mon ami américain et son épouse, nous n’avons que quelques pas à faire pour sonner à la porte du château de Vosne-Romanée. Dès que je sonne un grand chien accourt pour se manifester, suivi d’une petite fille à peine plus grande que le chien, mais le dépassant en autorité. Louis-Michel Liger-Belair vient nous ouvrir et nous propose de goûter quelques vins avant de partir déjeuner. Nous admirons la belle demeure et le joli parc et nous nous rendons dans la cave qui est sous la maison. Le Vosne Romanée 1er Cru Les Chaumes Domaine Liger-Belair 2009 a un joli nez, très épicé et chaud. Le vin est très droit, et très différent des vins du DRC. Il est élégant mais un peu monolithique. Le Vosne Romanée 1er Cru Les Petits Monts Domaine Liger-Belair 2009 a un nez joli. En bouche, il est un peu perlant mais joli. C’est un vin élégant même s’il est un peu moins ouvert que Les Chaumes. Le Vosne Romanée 1er Cru Les Suchots Domaine Liger-Belair 2009 est plus lourd, plus assis. C’est un vin de plaisir. Le Vosne Romanée 1er Cru Aux Reignots Domaine Liger-Belair 2009 est très élégant. Il y a beaucoup de cohérence et une belle densité de tous ces vins. Le final du Reignots est très élégant avec une pointe de cassis. C’est très joli. L’Echézeaux Grand Cru Domaine Liger-Belair 2009 a un joli nez. Le vin est plus léger, plus romantique. On est dans la légèreté avec un beau poivre et de l’élégance. La Romanée Grand Cru Domaine Liger-Belair 2009 est d’une spectaculaire élégance. Tout est parfait dans ce vin. Il est beau, et dix fois plus lisible que la Romanée Conti 2009. Le final est charnu. C’est un vin de plaisir. Je ne suis pas un expert des vins de Liger-Belair, mais cette dégustation des vins d’une grande année est très probante. Dégustation des 2009 DRC, deux Echézeaux plus anciens et un Bâtard
A 10 heures précises, le groupe de visite se forme au domaine de la Romanée Conti. En plus de mes amis, il y a environ huit autres américains, de Houston, de Californie et de Chicago. Il y a de lourds collectionneurs et des professionnels du vin aux caves exponentielles. Après un petit mot de bienvenue d’Aubert de Villaine, la visite est conduite par Bernard Noblet, l’homme qui fait les vins du domaine depuis de nombreuses années, à la suite de son père. L’anglais de Bernard Noblet est assez succinct, aussi ai-je joué le rôle de traducteur. Que se serait-il passé si je n’avais pas rejoint ce groupe ? Je ne sais pas. Les métaphores de Bernard sont éminemment poétiques, ce qui rend la traduction difficile, et quand Bernard se lance dans des envolées lyriques sur les charmes féminins des vins du domaine, la pudeur me commande de ne pas traduire tout ce qui est dit. Nous descendons en cave et commençons par le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2009, et Bernard nous indique que l’Echézeaux est dans une autre cave. Bernard insiste sur le fait que les vins sont dans des phases très différentes de leur fermentation malo-lactique et nous précisera pour chaque vin l’état de fermentation que Bernard compare au moment de la puberté. Le Grands-Echézeaux donne une sensation de perlant. Sa « malo » comme on dit n’est pas finie. Le vin est très vert mais il a beaucoup de matière. Il est puissant et riche. La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 2009 est un vin plus doucereux, au nez nettement plus agréable. Sa malo est plus avancée. Ce vin a de la finesse et un final plus poivré. Bernard signale l’acidité des tannins et compare ce vin à une femme féline. J’aime le poivre et la délicatesse. Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 2009 a un nez superbe de force. En bouche, le vin est droit et musclé. C’est le vin le plus en retard dans sa fermentation malo-lactique. Bernard signale un peu de réduction dans ce vin. Je l’aime beaucoup. La Tâche Domaine de la Romanée Conti 2009 a un nez plus fermé. Sa malo est aux trois quarts faite. Le vin est plus fluide, mais a quand même de la richesse et beaucoup de matière. Bernard dit qu’il est très exubérant et monumental. Il est plus anguleux que le Richebourg qui est plus sphérique. Ce vin me semble être un monument, très beau à boire. Le final est très signé DRC, avec des feuilles vertes que l’on mâche et du poivre. La Romanée Conti DRC 2009 a fini sa malo. Il n’est donc plus impubère. La couleur est traditionnellement plus claire et Bernard compare avec une jolie femme qui n’a pas besoin de maquillage pour paraître belle, la couleur du vin étant le maquillage dans sa métaphore. Le vin est très féminin, au nez subtil. En bouche, le vin est frais, complexe, léger et subtil. Son toucher est soyeux et Bernard dit qu’il a la légèreté de la soie et parle de dentelle. Le final est très persistant et on retrouve la complexité du terroir. Bernard parle de spiritualité, et je m’évertue à essayer de traduire ! Je dois avouer que ce vin n’est pas si facile à lire que cela, car ses complexités vont s’ordonner sous d’autres formes. Bernard considère que 2009 est plus grand et plus complet que 2005 et il situe ce millésime dans la continuité de 1999. Nous changeons de cave pour la traditionnelle dégustation en cave de vins en bouteilles et non en fût comme le 2009. Cet exercice se fait à l’aveugle. Bernard Noblet nous indique que le premier vin vient d’une année qui est très bonne et dont les quantités sont abondantes. Je lui trouve une belle matière. Il est très soyeux avec un beau final très frais. Je le trouve très puissant et quand Bernard donne la réponse : Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1999, tout le monde est étonné qu’un Echézeaux puisse avoir ce coffre et ce beau final. Certains ont même pensé qu’il s’agissait de La Tâche. Le second vin a vraiment un nez du domaine. Là, je retrouve ce que j’aime. En bouche, le vin est beau et c’est la définition de ce qui est gravé dans ma mémoire. C’est un vin féminin – et je n’ai pas traduit tout ce que Bernard a dit – à la belle fraîcheur et aux belles épices. Là aussi c’est une belle surprise, car je n’attendais pas un Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1990 à ce niveau. Le troisième vin est un blanc, qui est riche, beau, au final minéral. On reconnaît un peu de caramel, de beurre, mais aussi de l’iode. Comme à chaque fois, tout le monde se trompe. Quand j’ai dit : « je sais quel est ce vin », tout le monde m’a dit : « nous savons que vous savez » et j’ai répondu : « oui, mais nous ne pensons pas au même vin ». Car il s’agit du Bâtard Montrachet Domaine de la Romanée Conti 1995 qui n’est pas commercialisé et dont beaucoup ignoraient l’existence, pensant au Montrachet. Mais en fait, le Bâtard passe plus en force, quand le Montrachet joue plus sur son charme. J’ai adoré ce vin brillant, pétulant, de grande complexité. J’ai remarqué que dans cette cave à la jolie voûte, quand on boit de si bons vins, on arrive toujours à trouver des affinités avec les gens que l’on rencontre. Nous avons échangé des cartes de visite, avec l’envie de nous revoir. Je retiens deux choses : la beauté et la richesse du millésime 2009, et la belle performance des deux Echézeaux de grandes années, que je n’attendais pas aussi glorieux. Friday, May 21. 2010Krug au restaurant l’Assiette Champenoise
Après la dégustation de quatre champagnes de la maison Krug dans la salle de dégustation du siège de Krug, nous partons en convoi au restaurant l’Assiette Champenoise du château de la Muire à Tinqueux. Lorsque j’arrive, Arnaud Lallement, le jeune chef de ce restaurant deux étoiles m’accueille avec un large sourire, m’indiquant qu’il est heureux de me rencontrer. Cela fait toujours plaisir. Nous passons à table dans la belle salle du restaurant. Eric Lebel préside la table, puisque Olivier Krug ne nous rejoindra qu’au moment du dessert. Tout le repas se fera avec des magnums de Champagne Krug Grande Cuvée. La température de service est idéale et le champagne, pas seulement à cause de l’effet du format, est infiniment plus chaleureux que celui dégusté au siège. Ce champagne est doré, et donne une image joyeuse. Il a la complexité, la subtilité de Krug, et une mâche que n’avait pas le précédent. Arnaud Lallement a conçu un menu qui est son inspiration du moment : petit pois et lard confit / asperges vertes de R. Blanc, truffe noire en purée, vin jaune / homard bleu, ail violet, cébette rouge / turbot breton, bulots, pois gourmands / pigeonneau en tourte, épinard et tomate / fraise-citron, croquant acidulé, glace fraise. Le petit pois est d’une rare densité et le lard confit met en valeur de façon spectaculaire le champagne. C’est saisissant et confirme bien l’aptitude à la gastronomie de ce champagne. La purée de truffe jongle aussi avec le Krug. La cuisson du turbot est exemplaire, et la crème de bulots est tout simplement renversante de profondeur, trouvant un écho déterminant avec le Krug. Comme cela se produit dans les repas à un seul vin, il est un moment où le palais se lasse un peu et c’est le cas sur le pigeonneau très goûteux pour lequel l’envie d’un rouge très lourd est pesante sur la langue. Le champagne revient en force sur le dessert. Nous avons vu tout au long du repas le talent de ce Krug, flexible sans jamais aliéner sa personnalité. Quelques années de cave de plus lui conviendraient car la Grande Cuvée vieillit merveilleusement bien. Olivier est venu nous rejoindre et nous avons longuement bavardé avec le chef. Arnaud est solidement installé sur le niveau de deux étoiles, avec une mise en valeur du produit qui est d’une belle maturité. A son jeune âge, tout pourra le conduire à la troisième étoile car le cadre est d’un confort idéal, sa vision des produits, avec une lisibilité rassurante, et son talent des cuissons et des dosages lui promettent le plus grand des parcours. Tout naturellement nous avons évoqué la possibilité de faire un de mes dîners de vieux vins chez lui. Cette perspective m’enchante. L'assiette champenoise - photos
Arnaud Lallement a conçu un menu qui est son inspiration du moment : petit pois et lard confit asperges vertes de R. Blanc, truffe noire en purée, vin jaune homard bleu, ail violet, cébette rouge turbot breton, bulots, pois gourmands pigeonneau en tourte, épinard et tomate fraise-citron, croquant acidulé, glace fraise Tout cela est très appêtissant ! dégustation de Krug au siège de Krug
Avec mon gendre, nous avons fait un achat massif de champagnes Krug, car nous considérons que ce champagne profite merveilleusement bien de son vieillissement. Il faut donc en avoir en cave. Le caviste qui avait permis l’opération est invité au siège de la maison Krug avec mon gendre, pilote de l’opération, et quand je le sais, je décide de me joindre à eux. Quelle n’est pas ma surprise, quand j’arrive sur place un peu après eux, de constater que ma fille est présente ! Nous visitons les chais et les caves avec les explications brillantes d’Eric Lebel, chef de caves, qui fait partie du comité de dégustation des champagnes pour décider les assemblages, formé de quatre personnes qui s’étend parfois à sept, si les membres de la famille Krug se joignent à eux. Après la visite, Olivier Krug tout sourire nous rejoint pour la dégustation. A ma grande surprise, le premier vin qui nous est servi est le Champagne Krug Clos du Mesnil 1998. Je me dis que si l’on commence comme ça, dans quelles mers inconnues allons-nous naviguer ? Olivier nous explique que le chemin sera fait en finissant par la Grande Cuvée, ce qui me semble curieux. Le Champagne Krug Clos du Mesnil 1998 est très floral, de fruits blancs et roses, et l’espace d’un instant, le goût des groseilles à maquereau que je dévorais dans mon enfance, malgré les piquants acérés, revient à ma mémoire. Ce champagne combine longueur, fraîcheur, finesse et précision. C’est vraiment un très grand champagne. Le Champagne Krug Millésimé 1998 est moins floral. Il joue plus sur la puissance. Il est plus assis, moins frêle et moins romantique. Mais on sent en lui un potentiel de puissance immense. Le Champagne Krug Millésimé 1995 est plus minéral au nez, alors qu’Eric lui trouve du pain d’épices. Il est déjà gastronomique, tant c’est un champagne gourmand. Il a des aspects toastés montrant un début d’évolution. Il est très rond et très charmeur, plus proche de mes désirs de gastronomie. Le nez du Champagne Krug Grande Cuvée est le plus expressif des quatre. Ce nez est le plus grand. Mais en bouche, je suis frappé par le fait que la matière est plus limitée. Il manque un peu de largeur, même si, à l’éclosion, on prend conscience de sa complexité. Je demande donc pourquoi l’on finit sur un champagne moins plein que les trois autres. Mon gendre donne un explication qui est intéressante : il estime que les trois premiers permettent d’aborder le Grande Cuvée avec un œil différent, lorsque l’on a exploré des complexités variées. Et je comprends des explications d’Eric et Olivier que la maison Krug tient sa force de ses assemblages. Et les assemblages les plus délicats sont faits pour la Grande Cuvée. C’est ce travail de composition qu’Olivier tient à mettre en avant dans cet ordre de dégustation. Si je n’ai pas été totalement convaincu, car pour mon goût, les meilleurs sont dans l’ordre l’infiniment raffiné Clos du Mesnil 1998, puis le Millésimé 1995 déjà prêt pour la haute gastronomie, puis le Millésimé 1998 très prometteur et le Grande Cuvée, au nez brillant mais au coffre plus étroit. Nous allons goûter à nouveau la Grande Cuvée au déjeuner. Et là, la Grande Cuvée, épanoui et brillante, très au dessus du champagne de dégustation, m’a fait comprendre pourquoi Olivier a choisi cette ordre : la Grande Cuvée, c’est le vaisseau amiral de la maison Krug. visite chez Krug - photos
alignement de barriques d'âges canoniques le nom Kug sur un tonneau et l'alignement de bouteilles dans des caves interminables avec ma fille et mon gendre la couleur du champagne est belle, et l'on peut deviner le délicat graphisme sur les verres de dégustation la salle de dégustation Thursday, May 20. 2010Dégustation matinale, puis à un déjeuner, de deux Romanée Conti du domaine de la Romanée Conti
Dans le désert, des paraboles arrivent à capter les rares molécules d’eau que l’atmosphère distille chichement. L’histoire qui va suivre fait partie des hasards que la parabole de mon ange gardien arrive à capter, produisant quelques surprises invraisemblables. Et cela ajoute à mon bonheur. Un journaliste m’appelle. Il a eu l’approbation du domaine de la Romanée Conti pour faire un film sur le domaine et ses vins. Il me dit que son film commencerait par une dégustation de la Romanée Conti, et comme le renard de la fable, il me dit que je suis celui qui pourrait le mieux parler de la Romanée Conti avec les mots d’un jouisseur, au lieu des mots d’un analyste froid. Le corbeau n’est pas né de l’été dernier aussi ma réponse est d’une absence totale de romantisme : « avez-vous un budget ? ». Et j’indique que s’il s’agit d’ouvrir un Haut-brion ou un Yquem, je ne poserais pas la question, mais ouvrir une Romanée Conti pour le seul plaisir d’être filmé n’est pas dans mes horizons. La réponse est nette : « je n’ai pas de budget ». Et le journaliste m’explique que l’un des sponsors du film étant une chaîne de télévision japonaise, si je partageais ma bouteille avec un amateur japonais qui connaît la Romanée Conti, ce serait apprécié. Il pensait sans doute me poser un problème insoluble, et je sens comme un étonnement lourd comme le plomb quand je lui réponds : « je déjeune avec lui ce midi ». Le midi, déjeunant avec mon ami japonais, je lui parle du projet : « je vais ouvrir une Romanée Conti pour le film du journaliste, comment envisagez-vous que nous puissions nous répartir les frais si nous la buvons tous les deux ? ». Sa réponse fuse comme l’éclair : « évitons tout problème d’argent, j’en apporte une aussi ». Quel bon sens et quel sens du partage ! Le jour dit, je me présente à 9 heures du matin au restaurant Le Grand Véfour qui est envahi par les éclairages, les perches, les cadreurs et les caméramans. Nous avons livré nos deux bouteilles il y a plus d’une semaine. Il faut s’adapter aux caprices du script, ce qui n’est pas forcément dans ma nature. Je n’ai qu’une obsession : ouvrir les bouteilles comme il convient. Or on nous demande d’arpenter les arcades des jardins du Palais Royal, pour que le sujet soit mis en place. Après ces errances, je peux enfin ouvrir les deux vins. Le bouchon de la Romanée Conti 1996 est beau comme tout. Le parfum qui s’exhale du goulot est d’une folle jeunesse. Le bouchon de la Romanée Conti 1986 est incroyablement serré dans la bouteille, ce que j’avais déjà remarqué sur des bouteilles de la même époque. Et l’on constate instantanément que les deux vins sont à des stades opposés de leur vie. Il y a le gamin impubère et l’adulte. Suivant les ordres du script, nous nous asseyons, Tomo et moi pour commencer à déguster et commenter les vins. Les vins sont fraîchement ouverts, il est très tôt le matin, allons-nous entrer dans la magie de ces deux vins ? Les nez sont indéniablement Romanée Conti, avec deux versions résolument opposées. Le 1996 est d’une folle jeunesse avec un fruit rouge acide et des pétales de rose. Le nez du 1986 est nettement plus évolué, évoquant les feuilles d’automne et le salin caractéristique des vins du domaine. Les couleurs les distinguent crûment : le 1996 est rouge, noir de cerises, et le 1986 est plus tuilé, couleur de vin plus assagi. En bouche, les deux vins se conduisent comme deux effeuilleuses, car leur charme progresse à chaque gorgée comme au déshabillage de chaque pièce de vêtement. Plus le temps passe, et plus la magie de la Romanée Conti se propage, sous deux versions distinctes, du puceau et du barbon. Il est clair que l’écart de goût entre les deux vins est de plus de vingt ans, quand le calendrier ne donne que dix ans. Est-ce à dire que le plus ancien est fatigué ? Pas du tout. Quand je demande à Tomo lequel il préfère, il répond comme moi qu’il est impossible de les départager, tant ces deux versions sont Romanée Conti. On pourrait dire que le 1986 est plus authentiquement Romanée Conti, car il est plus affirmé, mais le 1996 est une merveilleuse promesse. Quand Tomo m’a demandé si le 1996 sera comme le 1986 dans dix ans, je lui ai répondu qu’il sera encore dix ans plus jeune que le 1986 d’aujourd’hui, car il a un potentiel de jeunesse presque inextinguible. Je m’imaginais qu’après dix ou douze phrases dithyrambiques sur les vins les caméras s’éteindraient. Pas du tout ! Nous avons parlé pendant une heure et demi sur ces deux vins, décrivant l’éclosion de leurs qualités, pour devenir les fleurs du mal que nous adorons. La Romanée Conti 1996 est florale. Les pétales de rose sont nettement en trame au nez et en bouche. Les fruits rouges et noirs sont déterminants. Ce qui impressionne, c’est l’élégance et la finesse, car ce vin est en délicatesse et ne s’impose pas en force. Et le final est inextinguible. La trace en bouche ne peut s’arrêter. La Romanée Conti 1986 est beaucoup plus bourguignonne. Il y a la salinité qu’évoque la coquille d’huître qui est si caractéristique des vins du domaine. En bouche, c’est l’équilibre qui impressionne. Il a lui aussi la finesse et l’élégance sur un registre plus assis, et si le final est aussi imprégnant, il est plus calme. Alors, la question qui peut venir à chacun est la suivante : « tout ça, c’est bien, mais est-ce que ces vins sont vraiment au dessus du lot ? ». Et la réponse est simple, c’est celle de l’auberge espagnole : si on veut critiquer ces vins, on trouvera toujours un argument de tel vin d’un région obscure qui le battrait à l’aveugle. Mais si on apporte à l’auberge son envie d’en jouir, on a un retour d’amour au-delà de toute espérance. Car la pureté de dessin de ces deux vins, l’élégance, la finesse et surtout la longueur infinie ne s’offrent qu’à ceux qui veulent les aimer. Et Tomo et moi sommes dans ces dispositions. Les caméras continuent de lancer leurs derniers feux. Les journalistes, caméramans et autres ont deux verres pour s’imprégner de la majesté de ces vins, et leurs mines éblouies sont convaincantes. Le corbeau est prévoyant comme l’écureuil : j’ai réservé une table au restaurant le Grand Véfour pour finir notre exploration de ces deux vins. Il faut toutefois se recadrer le palais et un Champagne Comtes de Champagne Taittinger 1998 est le compagnon idéal de notre retour sur terre. Sa bulle est un peu forte, mais c’est une question de température. Il a une belle personnalité et un charnu que j’apprécie, fait de fruits jaunes compotés. Sur des ravioles de foie gras, crème foisonnée truffée, la Romanée Conti 1996 est éblouissante de jeunesse et de fruit accompli. La bouche est emplie et la longueur est étourdissante. Le vin gagne en dimension dès qu’il est confronté à la nourriture. A côté, le 1986 porte le poids des ans. Il se referme et semble se désintéresser de ce qui se passe. Sur le pigeon Prince Rainier III absolument délicieux, la Romanée Conti 1986 qui crie : « je suis là », faisant bien comprendre qu’on aurait tort de l’oublier. Car l’accord est saisissant, le vin est éblouissant de jeunesse (eh oui) et d’accomplissement. C’est confondant de perfection, la truffe en gros morceaux agissant avec pertinence. Et le 1996 au contraire se referme, comme son aîné l’avait fait sur le plat d’avant. Nous comprenons que ces deux vins ne se conçoivent qu’en situation de gastronomie, car c’est là qu’ils montrent à quel point ils sont grands. Entre les vins frais bus à 10 heures et les vins accomplis que nous buvons maintenant, il y a un espace incommensurable. Au moment où les dernières gouttes s’assèchent dans nos verres, nous mesurons la chance immense que nous avons eue de goûter ces deux vins mythiques, qui justifient leurs mythes, en nous donnant un plaisir qui est tout simplement un privilège. Il fallait finir le champagne et l’accord qui a terrassé les accords précédents, c’est celui d’un fromage « cabri ariégeois » fort coulant avec le Comtes de Champagne. A se damner. C’est la première fois de ma vie que sur un repas à trois vins il y a deux Romanée Conti. Avec Tomo, nous avons décidé de recommencer. Car il n’y a pas sur terre beaucoup de plaisirs plus gratifiants que de côtoyer ainsi, dans l’amitié, le Graal du vin, rêve de beaucoup d’amateurs de vins sur toute la planète. deux Romanée Conti au Grand Véfour - photos
C'est rare d'avoir deux bouteilles de ce niveau, ensemble, au restaurant. Le caméraman règle son appareil. On me voit dans la glace. Tomo et moi avec nos deux bouteilles les deux beaux bouchons Romanée Conti 1996 et 1986 Comtes de Champagne Taittinger 1998 les plats Tomo avec son épouse Belle table ! Wednesday, May 12. 2010dégustation des 2008 rouges du domaine Bouchard Père & Fils
Une sieste me fait le plus grand bien, car ce soir ce sera redoutable. A 17h30, je me rends à l’Orangerie du Château de Beaune pour ouvrir les vins du dîner. Mes amis me rejoignent et ouvrent leurs vins, ceux de Bouchard ayant été ouverts en début d’après-midi. Nous voyons avec effroi que la générosité de tous va nous confronter à une belle avalanche de vins. Le Trotanoy 1961 montre un fort nez de bouchon mais en riant je fais une imposition des mains sur la bouteille en lui disant : « tu ne seras pas bouchonné ». Le bouchon d’un vin de paille de Château Chalon porte une inscription que je rencontre pour la première fois : « syndicat Château Chalon ». Stéphane Follin-Arbelet, directeur général de Bouchard Père & Fils nous invite à descendre dans le caveau pour déguster des rouges de l’année 2008. Le Beaune du Château premier cru rouge Domaine Bouchard Père & Fils 2008 a un joli nez, une bouche un peu rêche, mais il y a du volume. Le final est beau. Le vin est un peu rêche, un peu fumé et expressif. Ce vin est un peu l’emblème de la maison Bouchard, car il est fait de 21 parcelles différentes du vignoble de Beaune. Il n’est millésimé chaque année que depuis 1985, car avant il n’était millésimé que pour certaines années exceptionnelles, comme le sublime 1929 que j’ai adoré. Le Volnay Caillerets Ancienne Cuvée Carnot Domaine Bouchard Père & Fils 2008 a un nez très semblable, très Bouchard. Il est plus rond, très précis, avec un beau fruit généreux. Il est aussi fumé. C’est un grand vin. Le Nuits Saint Georges les Cailles Domaine Bouchard Père & Fils 2008 a un nez encore plus dense. Le vin est élégant, souple, plus doux que le Volnay. Il y a plus de matière. Il a une belle râpe et le final est élégant. Il m’évoque un coup droit de Rafael Nadal sur terre battue. Ce vin est très élégant. Le Corton Domaine Bouchard Père & Fils 2008 a un nez racé. C’est un vin très profond, mais sans doute moins ouvert que les autres. C’est un très grand vin qui promet beaucoup. Il a élégance et structure. Belle râpe et belle matière. Le Clos Vougeot Domaine Bouchard Père & Fils 2008 a un nez élégant. Il est beaucoup plus charmeur, très séduisant, souple. Il a du velouté. L’alcool ressort ainsi que le velouté. Le final est très charmeur. Le Bonnes Mares Domaine Bouchard Père & Fils 2008 est un vin qui est très rarement proposé à la dégustation, car c’est le plus rare : seulement 600 à 900 bouteilles sont faites chaque année. Le nez est très typé. Il y a énormément de race dans ce vin étrange sur lequel je n’ai pas de repère, sauf le 2005 que j’ai adoré. Il est élégant et très strict. Il est très bourguignon, magique avec un final extraordinaire de très grand vin. Le Chambertin Clos de Bèze Domaine Bouchard Père & Fils 2008 a un nez puissant. Il est plus équilibré. Très grand et très prometteur. Il joue un peu en dedans, comme Le Corton. Stéphane m’explique que ce sont les deux vins les plus tanniques qui sont dans ce cas. Le final est très noble. C’est un vin qui promet. Arrive maintenant le chouchou de la maison : le Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus Domaine Bouchard Père & Fils 2008 au nez très profond et intense. En bouche il est divin comme le Jésus dont la statue, représentée sur l’étiquette, a été offerte lorsqu’une religieuse a affirmé à Anne d’Autriche qu’elle ne serait pas stérile et aurait un fils bien connu des français : Louis XIV. Il est rond, équilibré, tout en charme. Son final est charnu. C’est un vin à se damner ! Je note mes préférences : le Beaune Grèves, puis le Bonnes Mares, Le Corton et le Chambertin Clos de Bèze. La différence avec la dégustation des 2009 du domaine Armand Rousseau est extrême, car les 2009 ne sont pas encore formés, alors que l’on voit bien se dessiner l’avenir des 2008. Stéphane et Michel, son directeur commercial, peuvent être fiers de la façon dont la Maison Bouchard a pu sortir d’aussi grands vins l’année difficile climatiquement qu’est 2008. Il est temps de remonter au salon du château de Beaune, car un repas assez extraordinaire nous attend. Rayas 1992 et Clos Saint-Jacques Armand Rousseau 1992 bus avec Eric Rousseau
Nous remontons de cave. Eric Rousseau sent le vin qui m’avait donné un doute et il n’y a plus la moindre trace de bouchon. J’indique à Eric le vin que j’ai apporté, un Château Rayas Châteauneuf du Pape 1992. La comparaison qui paraît la plus pertinente serait avec un Clos de Bèze de la même année. Eric pense qu’il en a un. Il n’en trouve pas et prend un Clos Saint-Jacques 1992. Nous allons déjeuner au restaurant Chez Guy à Gevrey-Chambertin. J’avais déjà déjeuné dans ce restaurant sympathique où l’on peut apporter son boire. Le menu que nous prenons est simple : terrine persillée et joue de bœuf cuite douze heures. Ce choix s’avère pertinent. Le Château Rayas Châteauneuf du Pape 1992 a un niveau dans le haut du goulot. Son nez est superbe et son goût est d’un équilibre saisissant. Le Clos Saint-Jacques Domaine Armand Rousseau 1992 est à peine sorti de cave aussi est-il froid et manque cruellement d’épanouissement. Son odeur est timide et son goût est rectiligne. Il a acidité et amertume avec un final iodé. Au début de la dégustation la similitude entre les deux vins est remarquable et progressivement, plus les vins se développent et plus les différences apparaissent. Le Rayas qu’on aurait rangé à l’aveugle en Bourgogne devient de plus en plus rhodanien et le Clos Saint-Jacques affirme de plus en plus sa typicité bourguignonne. Il est même étonnamment bourguignon, avec cette amertume que j’aime tant. Mais il s’affiche beaucoup plus vieux que son millésime. Je lui donnerais volontiers 20 ans de plus alors qu’Eric, qui connaît mieux ses vins penche pour 1985. Le vin s’étoffe tout en gardant son amertume. Le Rayas est taillé comme un TGV. Il trace sa route sans changer d’un iota. Il est éblouissant de perfection car il a tout pour lui. Lorsque je dis que ce vin est tout simplement exceptionnel, Eric abonde en disant que c’est le plus grand Rayas qu’il ait jamais bu, m’annonçant pour mon bonheur d’avoir bien choisi que les vins d’Emmanuel Reynaud sont des vins qu’il adore. Le plus enrichissant de ce déjeuner c’est d’avoir mis côte à côte ces deux vins et Eric regrette que je ne l’aie pas prévenu de ce que j’apportais, car il aurait préparé son vin arrivé sur table beaucoup trop froid et insuffisamment aéré. Il faudra donc créer une nouvelle occasion, avec le Clos de Bèze cette fois. Le Clos Saint-Jacques s’est montré plus vieux que ce qu’il aurait dû être avec une amertume prononcée et un fruit un peu bridé mais avec un beau final bourguignon, complexe et sans concession. Le Rayas a fait un étalage insolent d’un équilibre absolu, d’une homogénéité qui n’a pas dévié d’un pouce de tout le repas, et d’un accomplissement quasi irréel. Ce déjeuner où j’ai apporté un vin qui a plu à Eric et où j’ai pu converser avec un vigneron de talent, qui fait des vins que j’adore, m’a particulièrement ravi. Chateau Rayas 1992 les deux bouchons. Celui du Rayas est très impersonnel les plats sont simples mais bons
dégustation des 2009 au domaine Armand Rousseau
Mon ami Steve, collectionneur avec qui nous partageons chaque année ses trésors et mes trésors, devait me rejoindre pour un dîner au Château de Beaune qui aurait été sans aucun doute le plus extravagant de ma vie. Pas moins de sept vins d’avant 1870 auraient été apportés par d’aussi fous que nous deux, sous l’accueillante ombrelle de la maison Bouchard. Hélas, le volcan islandais qui n’était pas invité s’est opposé à cette rencontre. Steve n’ayant de nouvelle date possible que la veille de l’Ascension, c’est sur un format beaucoup plus modeste que nous nous sommes calés, remettant à plus tard le dîner de folie. Me rendant à Beaune, la tentation était grande de rencontrer sur ma route un vigneron ami. Par chance Eric Rousseau était libre pour déjeuner avec moi. Je me présente à onze heures au siège du Domaine Armand Rousseau. Charles Rousseau est à son bureau et m’indique qu’il a travaillé au domaine, sous l’autorité de son père Armand, dès la récolte 1945 car il avait été démobilisé suffisamment tôt. Sa mémoire des vins du domaine couvre 65 ans, ce qui est impressionnant. La visite des caves se fait avec Frédéric Robert qui commente intelligemment les vins tout en laissant s’exprimer les visiteurs, deux hollandais et moi. C’est lui qui m’avait présenté les 2006 lors d’une précédente visite. Le Gevrey-Chambertin Villages Domaine Armand Rousseau 2009 a un beau nez, du corps, un final un peu rêche, plein de verdeur. Le Gevrey-Chambertin premier cru Lavaux Saint-Jacques Domaine Armand Rousseau 2009 a un nez plus fermé. En bouche il est perlant, acide. Il a une belle fraîcheur et son final donne l’impression de croquer des feuilles vertes et amères. Le Gevrey-Chambertin premier cru les Cazetiers Domaine Armand Rousseau 2009 est très réduit. Le nez donne une impression de soufre, presque giboyeux. La bouche est marquée elle aussi et je me demande comment on peut imaginer le futur d’un vin qui n’est pas encore assemblé. Ce vin a 15% de vendange entière et l’on sent la rafle. Le Charmes-Chambertin Domaine Armand Rousseau 2009 est un mélange fait avec 60% de Mazoyères Chambertin. Le nez est beaucoup plus avenant. S’il y a un soupçon de perlant, le vin est beaucoup plus agréable avec un final profond. Le Mazis-Chambertin Domaine Armand Rousseau 2009 a lui aussi un léger nez de soufre. Il est très frais et glisse bien en bouche. Il n’est pas encore formé. Il est léger, au final élégant. Je trouve sa construction très belle et sans concession. Le Clos de la Roche Domaine Armand Rousseau 2009 a un nez beaucoup plus agréable. La bouche est rêche, dure. Le vin est fermé. Il y a plus de puissance et de structure mais qui ne se livrent pas. Le vin est vert, très rectiligne. Le Ruchottes Chambertin, Clos des Ruchottes Domaine Armand Rousseau 2009 a un nez extrêmement agréable de fruits neufs. C’est un vin très élégant, très lisible, avec un bouquet généreux d’épices. Un très beau vin au final très long. Le Clos Saint-Jacques Domaine Armand Rousseau 2009 que nous buvons est soutiré par Frédéric dans deux fûts distincts. Le nez est doucereux. La bouche est amère avec un peu de perlant. Il n’est pas encore formé. Il est plus difficile à boire, avec un final amer. C’est un vin profond mais pas encore assez ouvert. Le Chambertin Clos de Bèze Domaine Armand Rousseau 2009 bu d’un fût Rousseau a un nez presque bouchonné. Frédéric prend cette remarque très au sérieux car c’est déjà arrivé qu’un fût, dans le passé, montre un nez de bouchon. En fait, en sentant dans un autre verre, cet aspect ne se confirme pas. Le vin est frais, buvable, de belle longueur. Le Chambertin Clos de Bèze Domaine Armand Rousseau 2009 bu d’un fût François frères a un nez plus beau. Le vin est plus rond, plus frais, plus grand. C’est un grand vin même s’il est un peu rêche. Le final est riche très frais et très long. Frédéric nous indique que les différences entre fûts s’estompent avec le temps. Le domaine Rousseau utilise 90% de fûts de François frères, et n’a pas pour stratégie de mélanger les origines des fûts. Le Chambertin Domaine Armand Rousseau 2009 bu d’un fût Rousseau a de grandes similitudes de parfum avec le Clos de Bèze du même producteur de fûts. Le vin est plus riche et plus velouté que le Clos de Bèze. Il y a beaucoup d’épices et je trouve beaucoup de similitudes avec le Ruchottes. C’est un grand vin qui deviendra immense, au final très riche. Le Chambertin Domaine Armand Rousseau 2009 bu d’un fût François frères a un nez très différent. Il est plus beau. Le vin est plus frais, un peu perlant, moins opulent que celui du fût Rousseau. Les épices sont moins marquées. Lui aussi sera très grand. Frédéric nous annonce que la surface de Chambertin a été agrandie de 0,4 hectare en 2009 par l’achat d’une parcelle, ce qui fait près de 20% d’accroissement. Cette visite est évidemment intéressante pour apprendre, mais les vins étant dans des états différents de mûrissement, il est très difficile de prédire leur avenir quand on n’est pas un professionnel. On mesure les écarts entre les grands crus et les premiers crus, mais au-delà, l’avenir ce ces grands vins n’est envisageable que pour ceux qui les goûtent année après année. L'entrée au domaine Rousseau, mais vue de l'intérieur les fûts François Frères une vue dans les caves Saturday, April 24. 2010concours de dégustation de grandes écoles chez Bollinger
Lorsque j’avais fait une conférence avec une dégustation de vins anciens pour des élèves de Sciences Po, le dîner qui a suivi avec une poignée d’entre eux nous a fait évoquer mille pistes pour nous revoir. Les animateurs du club œnologique de Sciences Po ont créé un concours entre des grandes écoles ou des universités de France et de Grande Bretagne. Avec humour, ils ont appelé leur concours « SPIT » (Sciences Po International Tasting). Je n’allais pas cracher sur leur invitation de participer au jury qui désigne les gagnants, au côté d’Olivier Poussier. Le concours a lieu dans les celliers de la maison de Champagne Bollinger à Ay, et Jérôme Philipon, directeur général de Bollinger et Matthieu Kauffmann, chef de caves, complètent le jury avec un amateur dégustateur que l’on me présente comme « blogueur ». Douze équipes composées de trois personnes de chaque école vont s’affronter sur des connaissances théoriques et des dégustations. La présence féminine est significative. Le premier questionnaire est sur la Champagne. Je réponds correctement à trois questions sur cinq. Pour le moment, je ne suis pas décroché des candidats. Trois groupes de vins donnent lieu à six questions théoriques et à la dégustation de trois vins, qui elle-même donne lieu à des questions. Pour les champagnes, je réponds à une question sur six, et j’ai tout faux aux questions de la dégustation car il fallait classer trois champagnes (évidemment Bollinger) du plus jeune au plus vieux et donner le millésime du plus vieux. Ce qui me console c’est qu’Olivier Poussier, incollable sur toutes les questions d’érudition, a annoncé 1997 pour le Champagne Bollinger Grande année en magnum 1990. Ce champagne très opulent s’exprime sur des saveurs de brioche, de pâtisserie et de beurre. Le final très long est brioché. C’est un champagne de grande finesse. Le Champagne Bollinger Grande année en magnum 1995 est un champagne dont Matthieu Kauffmann est très fier. Je l’ai jugé plus champagne, plus rond et plus raffiné, car le 1990 montre des signes d’évolution. Le Champagne Bollinger Grande année en magnum 1992 a un nez plus discret. Il est joyeux, élégant et Matthieu indique qu’il est un peu botrytisé. Jérôme Philipon est heureux que pratiquement tout le monde se soit trompé de dix ans sur ces champagnes, qui restent jeunes plus longtemps qu’on ne le croit. Dans ce compte-rendu, j’indique mes performances au concours, mais évidemment les membres du jury ne sont pas là pour concourir. C’est l’envie de jouer qui nous a animés. Pour les vins blancs, j’ai 25 points sur 40, alors qu’aucun groupe n’a dépassé 26. Je ne suis pas peu fier. Sur les trois vins, on nous a demandé – non, on leur a demandé - lequel est un mono cépage et je dois à la vérité de dire que je n’ai trouvé riesling que quand quelqu’un l’a soufflé, ce qui fait que, dans ce concours fictif, je ne compte pas cette réponse. Il s’agit d’un Riesling Jubilée Hugel 2004. Pour les deux autres vins on demande les cépages et la région. Alors que la reconnaissance des cépages n’est pas du tout un objet de recherche pour moi, car pour les vins anciens, ce facteur n’a pas l’importance qu’il a pour les vins jeunes, je trouve bien sauvignon et sémillon pour le « Y » d’Yquem 2006 que je situe du côté des graves. Et je trouve bien roussanne et marsanne pour le Saint-Joseph François Villard -Mairlant 2007 que je situe plutôt dans les Châteauneuf-du-Pape. A noter qu’Olivier Poussier donne le nom du domaine avant que la réponse ne soit énoncée par le meneur de jeu. C’est assez impressionnant. Les réponses des candidats sont assez disparates, mais il y a des groupes brillants. Pour les vins rouges, je réponds bien à quatre questions sur six et pour la dégustation, mes résultats sont moins brillants. Je découvre toutefois le cépage commun aux trois vins qui est le pinot noir. On demande quel est le vin étranger. Je le trouve et je le situe en Amérique alors que c’est un Cloudy Bay de Nouvelle Zélande, très fruité, cassis et fruits noirs, hyper riche. Je suis incapable de trouver où se situe le vin qui se révèle être un Sancerre Les Grands Champs A. Mellot 2006, vin racé, très fin au final hyper boisé. Et si je pense à la Bourgogne pour le troisième vin, je le situe à Morey-Saint-Denis alors qu’il s’agit d’un Bourgogne générique Leroy 2000. A ce stade, les résultats sont compilés et il ne reste que trois finalistes, l’Ecole Normale Supérieure (ENS), l’ESSEC, et Cambridge, gagnant de l’an dernier. Les candidats ont dix minutes pour analyser deux vins et cinq minutes pour les présenter, l’un des trois représentants de l’école étant seul devant le jury. Fort curieusement, on demande au jury de juger leurs descriptions, sans indiquer de quels vins il s’agit. Juger de la pertinence d’une description sans savoir si elle est exacte, voici un exercice de haut vol. Nous écoutons les trois candidats. Cambridge a demandé à la seule femme de leur groupe de présenter leur analyse, et son exposé est construit, cohérent et structuré. Tous les exposés sont bons. Nous délibérons et c’est naturellement Olivier Poussier que l’on écoute, car il a l’habitude de ces concours. Les organisateurs demandent aux membres du jury s’ils ont reconnu les vins. Je suis le seul à avoir trouvé l’année du Champagne Bollinger Grande Année 1988. Et j’ai indiqué Pauillac 2001 alors qu’il s’agit de Château Mouton-Rothschild 2004. Ne pas reconnaître Mouton, ce n’est pas bien, mais personne ne l’a trouvé. Le gagnant est une nouvelle fois Cambridge suivi de l’ESSEC et de l’ENS. Par une splendide journée de printemps nous prenons l’apéritif dans le jardin de la demeure de la famille Bollinger avec un Champagne Bollinger Spécial Cuvée agréable à boire après ces épreuves et qui trouve sa voie gastronomique sur le menu préparé par le traiteur Philippet pour le déjeuner dans le cellier : dos de sandre en vapeur d’écrevisse, petites carottes glacées / filet mignon de porcelet braisé aux raisins, réduction de ratafia et petites grenailles au thym / blanc manger de fruits du moment, coulis de fruits et petits sablés. Le Champagne Bollinger Grande Année 2000 est un excellent compagnon des plats réussis. Il n’a pas la longueur de certaines années, mais il est frais et précis. Le Champagne Bollinger rosé sans année mériterait un dessert moins sucré pour exprimer sa belle personnalité. Une visite de caves est prévue après le déjeuner, mais je m’éclipse car il me faut aller ouvrir les vins pour un dîner d’anthologie. L’organisation faite par Sciences Po a été exemplaire d’efficacité, la maison Bollinger a permis un bon déroulement du concours, et je crois avoir, en racontant ce que je bois, créé des envies chez des jeunes au talent de dégustation impressionnant.
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