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Ce blog n’est pas un guide au sens classique. C’est plus le roman d’aventures d’un passionné de vins anciens et de gastronomie.
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Le détail des prochains dîners se lit ici : https://www.academiedesvinsanciens.org/programme-des-diners/

 

 

 

 

(ouverture de Mouton 1918 dont l’étiquette Carlu est en tête de ce blog. A gauche, on reconnait Mouton 1945)

 

 

 

 

 

 

Il n’est pas prévu – pour l’instant – de dialogue directement sur le blog, car je ne pourrais pas le gérer. Mais on peut m’adresser des questions, des commentaires, des suggestions par mail en se servant du formulaire que l’on trouve en cliquant sur ce lien : me contacter .

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déjeuner à l’hôtel Meurice vendredi, 20 février 2026

Alors que je connaissais l’hôtel Meurice depuis de longues années, c’est lorsque Yannick Alléno est devenu chef au restaurant de l’hôtel Meurice que j’ai fait des dîners en cet endroit. Ces dîners se sont arrêtés lorsque Yannick Alléno est devenu chef au Pavillon Ledoyen car je l’ai suivi en ce lieu où j’avais fait de nombreux dîners avec Christian Le Squer.

Lors de la réunion de Primum Familiae Vini qui a eu lieu au Grand Palais, j’ai eu le plaisir de rencontrer Pascal Billard Directeur de l’hôtel Meurice et nous avons discuté de l’idée de faire certains de mes dîners en ce lieu chargé d’histoire. Un rendez-vous à déjeuner est pris.

La gestion de la circulation des voitures sur la rue de Rivoli est probablement la plus ridicule de toutes les capitales du monde. Lorsque je me présente à la réception une jeune femme me dit : bonjour Mr. Audouze. Je lui demande comment elle me connaît. Elle me dit qu’ayant vu que je déjeunais avec son directeur, elle a voulu savoir de qui il s’agissait. Cette attention m’a plu.

Je descends dans ce qu’on appelle la salle à manger de la direction. C’est une pièce noire avec un éclairage étonnant et une belle table ovale pour une dizaine de personnes. Je suis accueilli par Olivier Bikao, directeur du restaurant Le Meurice Alain Ducasse, par Amaury Bouhours le chef exécutif qui a travaillé au Louis XV et au Plaza Athénée et a deux étoiles au Meurice et par Gabriel Veiddaire directeur de la sommellerie, que j’ai connu au restaurant Guy Savoy.

J’ai apporté deux vins pour ce repas, notamment pour les faire goûter au sommelier et à son équipe, afin qu’ils voient des exemples des vins que je mets dans mes dîners. Bien évidemment j’ai choisi des vins qui ne sont pas ceux que tout le monde connaît. Je les ouvre devant le sommelier et le directeur du restaurant. Malgré des déchirures des deux bouchons, aucun morceau de bouchon ne tombe dans le vin.

Le repas qui va se dérouler est d’un niveau assez impressionnant. Je ressens la patte d’Alain Ducasse et une intelligence certaine. Ce qui m’impressionne, ce sont les textures et les mâches. Nous aurons : chou rave – géranium / endive – truffe noirs / crevette – pomelos / bulot, menthe, cactus / tartelette, œuf confit, caviar, raifort / huître ‘la Laurène’, kiwi, gin tonic / petit pâté chaud de perdreau et foie gras, salade amère / homard bleu croustillant, navet, mole végétal, combava / chevreuil rôti, seiche, oseille, caviar Kristal / gousse de vanille de Madagascar.

C’est manifestement élégant, réfléchi et remarquablement exécuté. Les clients du Meurice, comme ceux du Plaza Athénée ou du Louis XV de Monaco veulent ce type de cuisine bien construite.

Le Pouilly Fuissé De Moucheron & Cie 1957 est d’une jolie couleur d’un bel or et d’un parfum assez riche mais peu puissant. En bouche ce vin bien équilibré est près plaisant. Ce n’est pas un vin puissant mais il a suffisamment de subtilité pour être aimé.

Le Volnay Santenots Hospices de Beaune Drouhin Cave de la Maison Poulet Père & Fils 1957 est lui aussi un vin qui ne joue pas sur la puissance mais sur une belle subtilité. C’est un élégant compagnon de cette belle cuisine.

L’accueil que j’ai reçu dans ce lieu est sympathique et attentif. Je serai très heureux de faire de grands repas car c’est un lieu privilégié. Je ne peux que remercier mes hôtes de ce grand moment avec des personnes attentives, qui représentent la qualité de la cuisine et de l’art de vivre à la française. Bravo et merci à partager avec vos équipes.

308ème repas au restaurant Pages jeudi, 19 février 2026

Un ami fidèle de mes dîners me demande d’organiser un déjeuner pour cinq personnes selon le principe de mes repas. Ce sera le 308ème repas de wine-dinners. J’arrive au restaurant Pages pour ouvrir les vins du repas, auxquels j’ai ajouté les deux vins ouverts la veille, un Krug Grande Cuvée étiquette couleur bordeaux et un Echézeaux du domaine de la Romanée Conti 1961.

L’ouverture des vins est sans histoire. Les convives sont un ami fidèle et son épouse que je ne connaissais pas et un couple de leurs amis que je ne connais pas non plus. La conception du menu est faite avec mon ami et le chef Ken ainsi que Pierre-Alexandre, directeur de Pages. Ce sera : carpaccio de sériole / poisson maigre à la sauce au vin rouge / veau et carottes blanchies / wagyu / tarte Tatin.

Le Champagne Salon 1999 avait eu un pschitt fort sympathique à l’ouverture par Pierre-Alexandre. Il est brillantissime, vif, fringant et dynamique. A côté de lui je suis content d’avoir ouvert le Champagne Krug Grande Cuvée étiquette bordeaux, car nous pouvons comparer deux styles très différents et très complémentaires. Le Salon est un guerrier, le Krug est un aimable compagnon, accueillant, raffiné et rassurant. C’est le Salon qui est le plus vibrant avec le poisson cru.

Le Château Mission Haut-Brion 1948 avait un niveau à mi épaule, et une belle couleur. Le parfum à l’ouverture m’avait rassuré sur sa qualité. L’accord avec le poisson est pertinent. Le vin est solide, serein, équilibré, très dogmatique. Il est rassurant, profond et long. Un vin noble et de plaisir.

Nous allons boire maintenant deux vins de la Romanée Conti. En premier, le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1988 au niveau parfait, au bouchon parfait et au parfum révélant déjà la complexité du vin. Sur le délicieux veau, le vin délivre un festival de saveurs raffinées. Le vin est riche mais surtout élégant, à la magnifique rémanence en bouche.

A côté de lui, l’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1961 est plus lourd, plus charpenté mais j’adore sa richesse. Et il va briller sur le wagyu, révélant une force et une cohérence qui sont exceptionnelles. Le fait que ce vin si blessé soit nommé premier par un des convives grâce au wagyu est quelque chose qui me ravit : même le plus blessé des vins peut trouver un moment de grâce pure.

Pierre-Alexandre était allé avec Victor le pâtissier acheter des pommes pour préparer la tarte Tatin que j’avais suggérée. Quel restaurant ferait cela aussi spontanément ? La tarte Tatin est très bonne mais un peu trop sucrée. Le Château d’Yquem 1988 était mon préféré de la trilogie 1988, 1989, 1990. C’est l’Yquem que j’ai bu le plus des 107 millésimes d’Yquem que j’ai bu. Il est solide, parfait, cohérent, rond et de grand plaisir. Un Yquem qui marquera l’histoire.

Nous ne sommes que cinq avec six vins mais nous allons voter. Le Grands Echézeaux 1988 a trois votes de premier, la Mission 1948 et l’Echézeaux ont chacun un vote de premier.

Le vote de l’ensemble de la table est : 1 – Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1988, 2 – Château d’Yquem 1988, 3 – Champagne Salon 1999, 4 – Château Mission Haut-Brion 1948.

Mon vote est : 1 – Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1988, 2 – Champagne Salon 1999, 3 – Château d’Yquem 1988, 4 – Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1961.

L’ambiance fut extrêmement sympathique. L’implication de toute l’équipe du restaurant Pages est exemplaire. La performance d’un vin blessé de la Romanée Conti est pour moi la surprise la plus belle, car il faut toujours donner sa chance à un vin, tant les surprises sont étonnantes.

déjeuner à la maison avec un vin incertain mercredi, 18 février 2026

Un de mes fournisseurs m’a proposé un lot de 18 vins anciens dont beaucoup ont des niveaux bas. Le prix proposé m’a poussé à acheter ce lot car j’ai confiance dans la technique de l’oxygénation lente qui permet à des vins de bas niveaux de ressusciter. Et si cela ne marche pas pour tous, il suffira de quelques uns pour justifier cet achat.

Ma fille cadette vient déjeuner à la maison ce qui me donne l’occasion d’essayer une des bouteilles de ce lot, un Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1961 dont le niveau est environ à 15 centimètres sous le bouchon, ce qui est très bas. Je ramène la bouteille à la maison pour l’ouvrir demain.

Le lendemain matin je remonte la bouteille de la cave et je constate que le bouchon a glissé et baissé de presque cinq centimètres et qu’il pourrait tomber dans le vin ce qui serait très désagréable, car le bouchon me paraît très sale. J’incline la bouteille et avec un calme « olympien », j’arrive à remonter le bouchon qui aurait pu chuter à chaque geste. Il remonte entier. Le goulot est très sale et le vin sent mauvais.

J’ai tellement vu de vins de la Romanée Conti ressusciter bien qu’étant aussi sales et qui sentent mauvais que j’espère une bonne nouvelle.

J’ouvre aussi un Krug Grande Cuvée à l’étiquette de couleur bordeaux qui doit doit être composé de vins des années 80 et début des années 90. Un pschitt sympathique accompagne l’extraction du beau bouchon.

Pour le déjeuner, nous commençons par un caviar Baeri de Kaviari qui fait briller le Champagne Krug Grande Cuvée étiquette bordeaux. La bulle est très active et le parfum du champagne est magique. Au goût, je suis conquis car ce champagne est d’un équilibre idéal et d’une complexité extrême. C’est un très grand champagne. Alors que je suis un fervent admirateur des deux premières génération du Krug Grande Cuvée, aux étiquettes de couleurs olive pour la première génération et crème pour la seconde, je suis surpris que ce Krug plus jeune soit aussi grand.

Sur un délicieux poulet, je sers l’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1961. Le nez s’est nettement amélioré mais n’est pas encore parfait. En bouche, le vin est très dense et épais. Il est gourmand et son finale manque un peu de précision. Je suis plutôt satisfait de le boire et ma fille beaucoup moins. Je continue à le trouver agréable à boire, même s’il est dense et épais plus que ne devrait être un Echézeaux.

Une délicieuse tarte aux prunes est accompagnée par le Krug qui profite de l’acidité des fruits.

Ayant prévu le lendemain un déjeuner, je garde ces deux vins qui sont environ arrivés à la moitié de leur volume.

Bulletins du 1er semestre 2026, du n° 1079 à … dimanche, 15 février 2026

Bulletins du 1er semestre 2026, du numéro 1079 à …

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(bulletin WD N° 1082 260217)    Le bulletin 1082 raconte : dégustation de tous les vins de 2022 du domaine de la Romanée Conti avec Perrine Fenal co-gérante du domaine, dans ma cave déjeuner avec le vigneron Dirk Niepoort et son épouse et déjeuner avec Rino Fontana, grand amateur italien de vins anciens, au restaurant Pages.

(bulletin WD N° 1081 260204)    Le bulletin 1081 raconte : le 305ème dîner très cosmopolite de wine-dinners au restaurant Astrance et dîner avec  mon fils et des bouteilles « à risque ».

(bulletin WD N° 1080 260127)    Le bulletin 1080 raconte : la généreuse 43ème séance de l’Académie des Vins Anciens, un repas de famille et un déjeuner au restaurant le Petit Sommelier avec des amis que je n’avais pas revus depuis plus de soixante ans.

(bulletin WD N° 1079 260110)    Le bulletin 1079 raconte : présentation d’un livre « 1855 Culte et Cultures » au siège parisien de Christie’s, dîner au Grand Véfour pour célébrer la parution de ce livre, déjeuner aux vins impromptus au restaurant Pages et présentation des vins incroyables de la 43ème Académie des vins anciens.

Dîner avec de grands Richebourg vendredi, 13 février 2026

Des étudiants de grandes écoles participaient aux concours des grandes écoles européennes de dégustation à l’aveugle. Nous nous sommes rencontrés et avons souvent profité de la confrontation de nos impressions et sensations. Nos apports en vins se sont faits aussi en échangeant nos visions. C’est toujours un plaisir de bâtir avec eux un programme. Ils avaient annoncé un grand Richebourg. J’ai eu l’idée d’une confrontation de trois Richebourg de vignerons qui ont marqué l’histoire.

Nous dînerons au restaurant Pages. J’y suis allé pour ouvrir les vins à 18h, rejoint par l’un des amis. Fatigué par une semaine anormalement chargée, j’ai utilisé les notes d’un des convives en les retouchant à ma façon, mais je n’ai pas fait beaucoup de changement car nos impressions ont été identiques.

Le menu élaboré par le chef Ken est: amuse-bouches / carpaccio de wagyu / déclinaison orange (carotte, butternut, orange et pamplemousse) / Saint-Jacques et cheveux d’ange / homard et bisque / poularde de Culoiseau / viande de Sallers, normande et wagyu / glace à la truffe, petit sablé et caramel / financiers

Le Champagne Charles Heidsieck Diamant Bleu 1961 est difficile à ouvrir. Le bouchon vient en plusieurs morceaux. Le vin a besoin d’air. Servi en premier, il est aimable avec un tranchant surprenant pour son âge. Il n’a plus de bulle, mais il accueille à merveille le Wagyu cru et la crevette relevée avec le citron vert.

Le Bâtard Montrachet Charles Viénot 1961 est une très heureuse surprise, car tout en lui est accompli. Ce vin est un roc, il est solide et puissant. Il a de l’alcool, de l’amertume, et même quelques sucres qui laissent à penser qu’il est né plutôt demi-sec que sec. Il accompagne à merveille la Saint-Jacques.

Le Richebourg Charles Noëllat 1942 est d’une délicatesse infinie, il est léger et aérien. Le homard renforce son côté sauvage et son poivre. La poularde le fait faiblir, et la viande de Sallers l’excite et le fait virevolter. C’est un vin romantique.

Le Richebourg Charles Viénot 1945 est tout l’inverse, c’est un bloc monolithique qui ne se laisse pas approcher facilement. Son nez est austère et sa bouche est plus courte. En revanche, ce vin est d’une densité forte, et il est résolument terrien. Il vit bien avec la poularde, mais c’est avec la viande normande qu’il s’élève prodigieusement. Un vin baroque et très sérieux.

Le Richebourg Domaines Gros-Renaudot 1962 est bouleversant. Il est au sommet de la Bourgogne, on ne saurait lui trouver de défaut. Tout en lui est accompli, et son classicisme impose le respect. Il s’épanouit avec tous les plats, mais c’est avec le Wagyu qu’il s’envole vers d’autres cieux.

Avoir trois Richebourg aussi disparates est passionnant. Le 1942 fragile et émouvant, le 1945 solide et conquérant et le 1962 d’une perfection absolue. Quel bonheur !

Nous ouvrons le Champagne G. H. Mumm & C° Rosé 1979 dont la qualité est très supérieure à ce qu’on pourrait attendre. Le vin est cohérent, sa bulle est grande, il ne fait pas son âge. Il est accompagné d’un petit prédessert, une glace à la truffe, qui le complète très bien. On ne l’attendait pas à ce niveau.

 

Le Fougueyrolles appellation Haut-Montravel Dordogne 1900 est un vin paysan, dur et quelque peu fatigué. A l’ouverture, c’est l’alcool qui domine, et le vin a mangé tous ses sucres. Le financier lui fait du bien et le rend bien plus aimable. Il sera infiniment meilleur demain.

Le repas se finit par une curieuse surprise : un thé Oolong Pu Erh datant de 1992. C’est un univers dans lequel nous n’avons aucun repère, mais il permet de clore merveilleusement ce diner.

Mon classement serait : 1 – Richebourg Domaines Gros-Renaudot 1962, 2 – Richebourg Charles Noëllat 1942, 3 – Bâtard Montrachet Charles Viénot 1961, 4 – Champagne Charles Heidsieck Diamant Bleu 1961, suivis du Richebourg 1945 exaequo avec le Mumm rosé 1979.

Chacun des vins avait une histoire à raconter, et tous étaient porteurs de grandes émotions. Ces dîners inter-générationnels sont enrichissants.

307ème dîner au restaurant Pages jeudi, 12 février 2026

Le soir même je vais retrouver un couple de deux turcs d’Istanbul pour un dîner. Ils s’étaient inscrits pour un de mes dîners et comme j’ai été très occupé par des sujets qui n’ont rien à voir avec le vin, je n’ai pas pu constituer une table entière et j’ai repoussé la date du dîner. J’ai senti au téléphone une tristesse profonde, car ils voulaient à cette date proposée fêter un anniversaire important.

Je leur ai alors proposé de faire un de mes dîners, mais pour trois. Ils étaient heureux que je m’adapte à leurs désirs. Ce sera le 307ème dîner au restaurant Pages.

Je suis sur place à 18 heures pour ouvrir les vins et j’ai bâti une menu correspondant aux vins avec le chef Ken et le directeur Pierre-Alexandre. Aucun bouchon ne m’a posé de problème et les parfums sont encourageants.

Le Champagne Krug Private Cuvée années 60-70 fait partie d’un lot que j’avais acheté, dont toutes les bouteilles se sont montrées parfaites, malgré une présentation avec des étiquettes souvent déchirées. Ce Krug a fait un pschitt à l’ouverture ce que je trouve passionnant pour un champagne aussi âgé. Le champagne est élégant, précis et raffiné. Un grand champagne aristocrate. Nous le buvons avec un carpaccio de sériole.

Pour le carpaccio de wagyu, je fais servir le Château Laville Haut-Brion 1975 à la couleur très jeune. C’est un vin très puissant, tranchant et pénétrant comme un couteau et d’une grande longueur. Ce vin blanc fait si jeune qu’on pourrait lui donner moins de vingt ans alors qu’il en a cinquante ! C’est un grand vin expressif. Le poisson qui accompagne le vin a une sauce un peu lourde mais la coque donne une fraîcheur marine idéale qui donne un coup de fouet au vin.

Le Chambertin Grand Cru Louis Latour 1955 est d’un charme certain. Il paraît jeune et lui aussi sans âge. Sa subtilité élégante a le charme des grands chambertins. Le homard à la sauce intense crée un bel accord qui surprend mes convives. L’accord avec le wagyu est beaucoup plus naturel mais les deux plats montrent des facettes qui se justifient.

Le Château d’Yquem 1976 n’était pas mon choix initial mais le désir de la charmante stambouliote. Il d’un grand classicisme généreux et parfait.

Depuis des années j’avais partagé en fin de repas avec des convives une Fine de Mouton que j’avais achetée dans une boîte portant la mention : Fine de Mouton Cave personnelle de Philippe de Rothschild. Ce couple aura eu l’occasion de boire les dernières gouttes de ce bel alcool dont il ne reste rien et dont je n’ai pas d’autres exemplaires.

L’ambiance de ce dîner à trois a été extrêmement chaleureuse. Lorsqu’ils ont quitté le restaurant et qu’il me restait à ranger toutes mes affaires, les personnes des trois tables voisines ont demandé à ce que l’on fasse des photos d’eux avec moi. Cette célébrité éphémère a fait plaisir au personnel éronné du restaurant Pages.

Mes deux convives ravis vont demain célébrer leur anniversaire au restaurant Plénitude. Ils se sont inscrits au dîner que je ferai au mois de mai. Voilà une belle soirée.

déjeuner dans ma cave jeudi, 12 février 2026

Des amis avaient organisé chez eux des concerts de jazz où nous sommes allés. Nous ne nous étions pas revus depuis une dizaine d’années. Elle m’appelle car elle voudrait organiser des événements marquants pour l’anniversaire de son mari. Après avoir discuté, nous décidons que ce sera un déjeuner dans ma cave avec des vins que je choisirai. L’amie fera des emplettes simples que nous que nous avons définies ensemble.

Je vais chercher mes amis à la plus proche station du RER. La visite de ma cave est toujours une grande surprise. L’amie arrange les plats avec ma secrétaire et nous prenons place dans la grande salle où reposent des milliers de bouteilles vides que j’ai gardées pour le souvenir et le témoignage.

Il restait du Champagne Mumm René Lalou 1969 que j’avais ouvert il y a deux jours pour une journaliste venue me voir ici. Il a encore une belle cohésion et un goût plaisant.

J’ai choisi de le faire suivre par un Champagne Mumm Cordon Rouge 1973. Il fait beaucoup plus jeune et se montre plus fringant. Il surpasse le René Lalou ce qui n’était pas envisageable a priori. Mais 1973 est une grande année en champagne ce que ne savent pas ceux qui se fient à la valeur des vins de Bordeaux.

Le Bonnes-Mares Domaine Comte Georges de Vogüé 1980 avait un niveau très satisfaisant de 4 centimètres sous le bouchon qui est venu facilement, très propre et entier. Ce vin est tout en délicatesse. Quelle élégance. On a pour lui de l’amour courtois. Il montre en quoi le vin de Bourgogne, dans sa noblesse, a un charme inégalable. Mes amis sont totalement ravis.

J’avais envisagé de servir le reste du Châteauneuf-du-Pape Clos de l’Oratoire des Papes 1971 ouvert il y a deux jours, mais cela ne m’est pas apparu pertinent. Nous nous sommes quittés pleins de joie, avec l’envie de nous revoir.

Yquem 2023 et Primum Familiae Vini mardi, 10 février 2026

En cette semaine de février, le vin est à l’honneur un peu partout dans Paris. Je suis invité au musée Bourdelle pour une présentation avant mise en vente officielle du dernier millésime d’Yquem, l’Yquem 2023.

Le musée est impressionnant avec les sculptures immenses de l’élève de Rodin volant ensuite de ses propres ailes. Dans une grande salle où l’on est reçu par ceux qui font Yquem, on peut goûter le Château d’Yquem 2023. De belle couleur dorée claire et doté d’un parfum puissant et équilibré, cet Yquem est très puissant. Il n’est pas large ou épanoui car il est jeune mais sa puissance est riche. Il me fait penser à 1988 en devenir. Le 2023 deviendra grand.

Discutant avec une personne de l’équipe qui fait le vin, elle me dit que la trilogie 2021, 2022 et 2023 est très évocatrice de la célèbre trilogie 1988, 1989 et 1990. Et elle ajoute : pour nous au château, le 2023 est plus proche de 1989 que de 1988. Il est hautement probable qu’elle ait raison, mais ayant bu 23 fois l’Yquem 1988 et 17 fois l’Yquem 1989, j’ai tendance à conserver l’image de 1988 sans prétendre détenir la vérité.

Ce 2023 aura une longue vie pleine de richesse, parmi les Yquems puissants.

Juste après cette dégustation agréable, je me rend au Grand Palais où sont réunis tous les vignerons de Primum Familiae Vini, ces vignerons familiaux au passé prestigieux. Je rencontre avec plaisir ces grands vignerons. Ils font goûter leurs vins. Fatigué par ma journée active, j’aurai manqué beaucoup de belles opportunités. Il faut jouer des coudes pour approcher le stand d’Egon Müller. J’ai bu quelques vins de plusieurs maisons, Hugel, Drouhin, Vega Sicilia, Mouton-Rothschild, Pol Roger et d’autres. L’intérêt pour moi était de renouer des relations avec des vignerons que j’aime d’amitié et que je vois peu car je visite très peu de vignerons depuis quelques années. Les revoir ainsi fait chaud au cœur.

déjeuner dans ma cave mardi, 10 février 2026

Lors d’une conférence faite à l’ambassade parisienne du Portugal, j’avais rencontré une journaliste qui m’a proposé d’écrire un article sur ma passion des vins anciens. Je la reçois à déjeuner dans ma cave.

Après la traditionnelle visite de cave nous allons déjeuner dans la grande salle où sont exposées des milliers de bouteilles que j’ai bues. Le menu est simple : pâté de tête, pâté en croûte, brillat-savarin et tarte aux pommes.

J’aime beaucoup le Champagne Mumm René Lalou 1969 pour plusieurs raisons. J’aime la jolie bouteille de ce champagne dont le modèle a été vendu à Vranken et que Mumm ne peut plus utiliser. J’ai au moins dix fois suggéré à Mumm de le racheter. A ce jour ma suggestion n’a pas été retenue. La deuxième raison d’aimer ce champagne est directement liée à son excellence. C’est un champagne cohérent et qui vieillit bien. Celui-ci est un peu ambré. Il a une expression conquérante et joyeuse.

Il restait du Penfolds Yattarna Chardonnay Bin 144 Australie 2011 bu il y a trois jours avec Peter Gago. Le vin est puissant, long et pénétrant et a gardé toute sa vigueur.

J’ai ouvert un Châteauneuf-Du-Pape Clos de l’Oratoire des Papes 1971. Quel beau vin, tout en élégance. Il domine avec évidence le trio de vins, grâce à un équilibre qui correspond bien au millésime 1971. C’est une très belle surprise.

La journaliste souriante a pris beaucoup de notes. Nous verrons ce qui aura retenu son attention.

dîner au restaurant Pages avec Peter Gago de Penfolds vendredi, 6 février 2026

Lors du passage de flambeau entre Richard Geoffroy et Vincent Chaperon à Hautvillers au poste de maître de cave de Dom Pérignon, j’avais fait la connaissance de Peter Gago, le maître de chais de Penfolds, le vignoble le plus célèbre d’Australie. Nous avions envisagé de nous revoir.

Les caves Taillevent avaient organisé en octobre 2025 une dégustation des vins de Penfolds. J’y suis allé et j’ai rencontré Clément Leroux le responsable français de la commercialisation de Penfolds. C’était l’occasion d’évoquer une rencontre avec Peter Gago.

Nous nous retrouvons au restaurant Pages pour dîner. Le choix des vins que je vais apporter est toujours excitant. Comme tenu de l’honneur qui m’est fait de rencontrer ce vigneron, j’ai choisi un Krug Clos du Mesnil 1985. Ensuite il faut un vin rouge que Peter n’a jamais bu. Je choisis un F. Sénéclause de Saint-Eugène à Oran 1930, vin d’Algérie au niveau dans le goulot. Et c’est l’occasion de venir avec le vin Para Seppeltsfield un tawny fortifié australien 1883 titrant 16,7 degrés qu’avait apporté un australien de Sidney pour que nous le dégustions ensemble il y a quatre mois.

J’arrive à 18 heures pour ouvrir mes vins. Le bouchon du vin de 1930 est d’une qualité parfaite et le parfum est riche et solide, promettant un grand vin. A l’inverse, le bouchon du Clos du Mesnil s’est déchiré en deux morceaux lors de la torsion du bouchon pour ouvrir. Aucun pschitt n’est apparu.

Peter, Clément et Lara Edington arrivent vers 19 heures. Ils ont apporté un Penfolds Yattarna Chardonnay Bin 144 de 2011 et un Penfolds Cabernet Kalimna Shiraz Bin 60A 1962. Peter me dit qu’il s’agit d’un vin très rare et il demande que le vin ne soit ouvert que vingt minutes avant d’être servi.

J’ai construit le menu avec le chef Ken qui est : carpaccio de bar / carpaccio de wagyu / lotte à la sauce umami / canard sauce vin rouge / deux services de wagyu / financiers.

Pour nous préparer au repas, Pierre-Alexandre Fouquet le directeur de Pages nous propose un verre du Champagne Marteaux Guillaume ‘le météque’ extra-brut 2020 dont j’apprécie la longueur et l’intensité. C’est un bon champagne de grand intérêt qui ne souffre en aucun cas de sa jeunesse.

Le Champagne Krug Clos du Mesnil 1985 a une couleur légèrement ambrée et une bulle active qui contraste avec l’absence de pschitt à l’ouverture. Ce Krug est confortable, serein et d’une grande subtilité. On est dans l’aristocratie du champagne, avec une vivacité remarquable.

Je fais servir le Penfolds Yattarna Chardonnay Bin 144 blanc 2011 qui est riche, gourmand et dont les complexités s’expriment surtout dans le finale très large. Il apparaît avec évidence que le carpaccio de bar est divin avec le champagne et que le carpaccio de wagyu trouve un accord parfait avec le chardonnay. Les deux vins se complètent bien même si mes amours me poussent vers le Clos du Mesnil.

Le Sénéclause rouge d’Algérie Saint-Eugène à Oran 1930 est bluffant. Je crois n’avoir jamais bu un vin d’Algérie aussi équilibré dans la puissance. Je pense que la décennie 30 a fait de meilleurs vins en Algérie que la décennie 40, malgré les brillants 1947 de Frédéric Lung. Ce vin puissant, goulleyant, gourmand et équilibré est un bonheur. Je ne l’attendais pas à ce niveau glorieux.

Lorsque je goûte le Penfolds Cabernet Kalimna Shiraz Bin 60A 1962 je sais que je suis en face d’un très grand vin. Sa finesse est exemplaire. Peter insiste pour me dire que c’est un vin exceptionnel et je peux lire sur l’étiquette que ce vin a reçu trois médailles d’or, huit médailles d’argent, trois médailles de bronze et dix-neuf trophées dans les présentations de vins australiens. Ceci étant dit c’est un très grand vin qui ne joue pas sur sa puissance mais sur sa longueur et sa subtilité.

Mais je suis fasciné par le fait que les deux vins rouges si différents se complètent aussi bien sur le canard et encore plus sur le wagyu. La performance de mon vin me plait énormément et la découverte de ce trésor australien me ravit.

Nous sommes tous heureux de la complémentarité de deux mondes si disparates du vin. D’aucun des deux vins on ne peut dire qu’il est âgé. Je suis sur un petit nuage de bonheur.

En l’honneur de Peter Gago je suis venu avec le Para Seppeltsfield tawny fortifié Australien 1883 qui est d’une richesse folle et intense, domptée par les financiers délicats.

Nous avons parlé de vin évidemment. Peter est né à Newcastle et parle un anglais parfois difficile pour moi. Mais nous nous sommes compris et ce grand moment a montré une amitié précieuse.

Je suis un amoureux de Penfolds que je bois hélas trop peu. Nous allons essayer de remédier à cela.

Ce fut un grand repas, avec l’élégance de la cuisine de Pages.